Critique de film
Gimme the loot

Concourant cette année pour la caméra d’or au Festival de Cannes et Un Certain Regard, Gimme the Loot d’Adam Leon a été une bulle rafraîchissante dans une édition cannoise dominée par la crise financière, le sexe, les rapports de domination et une dépression quasi généralisée. Dans un Bronx au verbe épicé, Sonia (Tashyana Washington) et Malcom (Ty Hickson) veulent réaliser un graffiti de grande ampleur afin de répondre à un gang rival qui saccage toutes leurs réalisations murales. Pour ce faire, ils doivent trouver de l’argent en empruntant des voies illégales qui ressemblent toutes à des culs de sacs ne leur donnant aucune chance de réussite. 

C’est un premier film réussi, au langage flamboyant, où les deux personnages principaux transfigurent la comédie rurale new-yorkaise pour en faire un patchwork jouissif de débrouillardise résolument ancrée dans une réalité sociale où ils sont, petites fourmis débordantes de vie, les perdants prédéterminés d’un monde qui ne compte pas sur eux. Malcom et Sonia multiplient les tentatives mais tout se ligue contre eux. Quand le premier se fait virer de son job de dealer d’herbe et passe la plus grande partie du film en chaussettes, la seconde perd son vélo, se fait arnaquer lors de la vente d’un téléphone et molester par une bande de petits voyous.

C’est l’histoire d’une amitié où perle la spontanéité. Il y a du Spike Lee dans le ton. On retrouve le Bronx qu’on aime où la jeunesse black sans être directement condamnée ou victimisée ne parvient jamais à vraiment exister. Le tag comme moyen d’expression est lui-même dépendant d’une réalité économique qui leur échappe (il faut du fric pour acheter les bombes). Alors que Malcom pense avoir trouver le graal en entamant une relation avec une de ses riches clientes (une petite bourgeoise qui a le goût de l’aventure), il se fait ridiculiser par elle quand elle se retrouve en compagnie de ces amies snobs. Puisque la voie du cœur lui échappe à cause de sa condition, il tente la voie détournée, le vol.

La lutte des classes, thème extrêmement présent dans la compétition 2012, est présenté ici de façon originale et séduisante. L’échec ne condamne rien, il ramène les deux protagonistes vers leur plus grande richesse qui leur était jusque là voilée : leur relation. Conte urbain où les mots entraînent l’action et la soulignent, Gimme the Loot ne verse jamais dans le misérabilisme. On suit les péripéties de ces deux jeunes en mouvement perpétuel animé autant par la passion du geste expressif que par son expression langagière. 

Magnifiquement écrit, le film ne révolutionne pas le genre puisqu’il s’appuie sur une mise en scène assez spectatrice (les personnages sont souvent filmés de loin alors que leurs échanges auraient pu rythmer les plans). Les deux acteurs parviennent toutefois, par leur spontanéité notamment, à rendre cette petite fable au constat cruel extrêmement agréable à regarder. Le scénario d’Adam Leon n’est pas dénué de cynisme et il accompagne le propos avec une dextérité singulière. La bande-son de Nicholas Britell est une merveille du genre. On suit leurs foulées infinies dans les rues de la ville en tapant la cadence sur notre siège et on s’attache tellement à eux qu’on aimerait déjà les revoir à l’écran dès le début du générique de fin.

Durée : 1h20

Date de sortie FR : 02-01-2013
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 02 Janvier 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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