Critique de film
Gloria

Symptôme d’une société où la durée de vie s’allonge encore et toujours, la vie amoureuse et sexuelle des « avant-vieux » est de plus en plus traitée à l’écran. Après Septième Ciel d’Andreas Dresnen ou plus récemment Les Beaux Jours de Marion Vernoux, voici Gloria, quatrième effort du chilien Sebastian Lelio. Coup de cœur des festivaliers berlinois en février dernier, le film s’appuie sur la prestation de l’omniprésente Paulina Garcia, justement récompensée d’un Ours d’argent. Véritable feel-good-movie à la fois drôle, touchant et surtout universel, Gloria est le véhicule idéal pour apporter au réalisateur son premier succès international. Son film a d’ailleurs été choisi pour représenter le Chili aux prochains Oscars.

De nos jours à Santiago, Gloria (Paulina Garcia) a presque soixante ans, plein d’énergie, une situation financière enviable mais personne dans sa vie. Loin d’elle, ses deux enfants se débattent avec des vies affectives compliquées. Alors, comme une jeune femme, Gloria sort boire et danser en espérant tomber sur le prince charmant. Elle rencontre Rodolfo (Sergio Hernandez), de plusieurs années son aîné, qui semble bien être le candidat idéal. Gloria aime aussi chanter, et comme dans la chanson phare des soirées de mariage, elle va vivre une romance d’aujourd’hui : à la première nuit succède le premier restaurant, avant les élans du cœur et bien sûr les déconvenues.

On n’est pas sérieux quand on est amoureux. Dans le beau film de Sebastian Lelio, l’âge des protagonistes ne fait rien à l’affaire. La beauté de l’histoire d’amour ici contée, c’est à la fois son universalité et sa modernité. Pourvu d’avoir dépassé l’âge d’être et d’avoir aimé, on retrouve dans Gloria des situations vécues, d’autres situations que des ami(e)s ont pu nous confier, des comportements qu’on a pu adopter. Quand Sebastian Lelio filme la rencontre des deux amants dans le dancing, ce sont des regards qui se croisent, s’ignorent, insistent, c’est un premier échange où chacun tente de rivaliser de charme, une première danse où les corps se frôlent avec une touchante maladresse… Peu importe où et qui, devant la séduction, nous sommes tous égaux.

Finalement la seule différence avec des personnages plus jeunes, c’est que ceux de Sebastian Lelio traînent derrière eux les casseroles du passé. Ce qui éloigne Gloria et Rodolfo, c’est à la fois la manière de se dépêtrer de leurs actes passés et leur capacité à se tourner vers l’avenir. Dans Gloria, cette pré-vieillesse n’est pas montrée comme un âge triste ou nostalgique. D’ailleurs, les enfants de Gloria ont des vies nettement moins enviables et épanouies que leur maman. Si elle est rattrapée par les contraintes de son âge, Gloria est caractérisée par sa volonté de goûter la vie et sa soif d’expérience. La construction du film, en toute discrétion, oppose savamment les deux aspects. Ainsi Gloria fume avec plaisir son premier pétard avant une scène dans laquelle le médecin lui annonce qu’elle devra mettre des gouttes dans ses yeux pour le restant de ses jours.

Une autre des prouesses du film, c’est sa tonalité. Gloria cultive un équilibre fragile entre romance, comédie, quotidien… Parfois mélancolique sans jamais être triste ou larmoyant, c’est un film tendre, juste et entraînant. Evidemment, Paulina Garcia y est pour beaucoup. Forte d’une carrière essentiellement à la télévision, l’actrice est ici de toutes les séquences, souvent seule, nue à plusieurs reprises, et jamais on ne se lasse d’observer sous toutes les coutures ce personnage toujours en mouvement, toujours surprenant.

Si la précision de son scénario et sa direction d’acteurs sont remarquables, Sebastian Lelio, signe une mise en scène parfois un peu plate, même si plusieurs scènes de groupe réservent de beaux moments (notamment un repas de famille où apparaissent quelques plaies mal refermées et s’insinue un tenace sentiment de gêne). Fidèles à l’intention primordiale de ne pas quitter le personnage principal, les cadres sont la plupart du temps serrés sur le visage de Gloria, ce qui à la longue donne un sentiment un peu étouffant. Car c’est bien sur sa longueur que Gloria pêche quelque-peu. Le deuxième acte épuise les enjeux narratifs et quelques minutes sacrifiées sur la table de montage auraient sans doute servi le film, le réalisateur étant peut-être trop attaché au subtil ciselage de son scénario.

Qu’importe, un dénouement à la fois inattendu et grisant pimente la recette de Gloria dans sa dernière longueur. Comme cerise sur le gâteau, Sebastian Lelio recourt à un air bien familier : une chanson qui partage non seulement le titre du film et le nom de l’héroïne mais aussi son énergie communicatrice. En miroir de l’ouverture du film, un mouvement de caméra arrière laisse le spectateur lentement « rompre » avec Gloria au terme de la projection. On emporte avec soi la jolie image finale d’un personnage accroc à la vie malgré les sales tours qu’elle peut lui jouer. Et tout comme Gloria, le spectateur se surprend à fredonner gaiement sur le chemin du retour.

Réalisateur : Sebastian Lelio

Acteurs : Paulina Garcia, Sergio Hernandez

Durée : 1h50

Date de sortie FR : 19-02-2014
Date de sortie BE : 26-02-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 03 Octobre 2013

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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