Critique de film
Godzilla

Le Pitch : Un terrible accident dans une centrale nucléaire ébranle la société japonaise. Les autorités enterrent l'affaire et interdisent l’accès au site malgré les protestations du professeur Brody (Bryan Cranston) qui témoignent d'une présence souterraine. Quinze ans plus tard, la menace se réveille et la terre se remet à trembler...

Recréer le mythe

En 2010, lors de l'annonce de la mise en chantier d'un nouveau Godzilla sous pavillon américain, la planète geek avait retenu son souffle en mémoire de la désastreuse adaptation signée Roland Emmerich où le monstre de la Toho faisait de la figuration face à notre Jean Reno national. Jeune prodige des effets spéciaux, avec un seul film à son actif, le très inégal Monsters, Gareth Edwards ne semblait guère avoir l’étoffe pour reprendre le flambeau d'une franchise absente des écrans depuis dix ans. Contre toute attente, quatre ans plus tard, sa relecture de Godzilla s'impose comme une des plus belles surprises de ce début d'année et impose le cinéaste britannique comme un réalisateur à suivre de très prés. Très respectueux du matériau d’origine, ce nouveau Godzilla ne cède pas aux sirènes du blockbuster épileptique et décérébré aujourd'hui en vogue à Hollywood. Sans atteindre la virtuosité et l'intensité d'un Pacific Rim, la mise en scène de Gareth Edwards impose un rythme et une richesse d'écriture bien éloignés des standards actuels de l'industrie. En véritable fanboy éclairé, le cinéaste puise aux sources du genre et redonne un sens à la notion de danger nucléaire qui habitait le film d'Ishiro Honda. 

Rencontres du troisième type

Sur les traces de la Guerre des mondes de Steven Spielberg, son Godzilla revisite les grandes images traumatiques qui ont fait l’actualité de ces dernières années (11 septembre, Tsunami, Fukushima) et ancre son récit dans notre quotidien. L'ombre du réalisateur d' E.T et de Munich ne se limite pas à cette seule approche mais dans une véritable candeur et un sens de l’émerveillement qui font écho aux films des années 80 produits dans le giron de la société Amblin. Gareth Edwards conserve cette dimension d'aventure à échelle humaine et impressionne par son approche mélodramatique et le soin apporté à la caractérisation de tous les personnages. De Bryan Cranston à Aaron Taylor-Johnson, Elizabeth Olsen, Ken Watanabe ou Juliette Binoche l'ensemble du casting est au diapason d'un film où l'émotion surgit au sein des scènes les plus spectaculaires. Face à la surenchère grotesque de scènes de destruction massive qui envahit les blockbusters hollywoodiens, Gareth Edwards répond en immergeant le spectateur au coeur de l'action et en adoptant le point de vue de ses personnages restés au sol pour faire ressentir le gigantisme de ses créatures. 

Apocalypse now

Si l'accent est mis sur la dimension humaine du récit, le cinéaste n'oublie pas pour autant l'attente suscité par la présence du célèbre monstre au générique. Située au Philippines, la première séquence installe la dimension mythologique de la menace sans dévoiler l'aspect général de sa véritable nature. Gareth Evans prend soin de dévoiler sa créature par petite touches avant de la révéler dans un plan furieusement iconique où retentit le célèbre cri imaginé par Akira Ifukube en 1954. En forme d'apothéose, les vingt dernières minutes du métrage remplissent avec bonheur toutes les attentes des amoureux de films de Kaijus et mettent à mal l'ensemble du décor sans sombrer dans les pires travers d'un Man of Steel ou d'un Avengers qui confondait spectacle épique et boursouflure pétaradante. 

Après un Pacific Rim qui avait essuyé les plâtres d'une exploitation salle décevante, Godzilla semble s'imposer comme un véritable succès au box office et pourrait relancer un genre moribond depuis presque dix ans. Si ce dernier pouvait balayer d'un souffle de feu radiocatif les dernières productions Marvel en date et imposer de nouveaux standards à une industrie hollywoodienne sclérosée, le nom de Godzilla ne résonnerait plus comme une menace mais bien comme une délivrance.

Durée : 02h03

Date de sortie FR : 14-05-2014
Date de sortie BE : 14-05-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 19 Mai 2014

AUTEUR
Manuel Haas
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