Critique de film
Gran Torino

Scorsese ouvrait son Mean Streets par un monologue sur l’absolution religieuse. Selon lui l’important est de se faire pardonner par soi même, chez soi ou dans la rue. C’est un peu, dans un premier temps, l’idée que dégage Gran Torino. Le film commence par la mort de la seule personne au monde qui jouissait du respect de Walt Kowalski (Clint Eastwood), sa femme. Dès lors, il se renferme sur lui-même et son racisme latent (plutôt une sorte de misanthropie exacerbée) n’en sera que grandissant. Un jeune prêtre essaiera de garder un œil sur lui, mais la barrière de la religion fatiguera rapidement leur relation. Plus tard, le vieil homme esseulé et affamé se verra contraint d’accepter les plats exotiques de ses voisins hmong. La famille asiatique essayant vainement de racheter les méfaits de leur fils qui quelques temps plutôt essayait de voler la prunelle des yeux du héros, sa Ford Gran Torino. Va alors se nouer un lien entre le jeune cambrioleur asiatique et le vieux réac’ américain.

Le film est à l’instar d'Impitoyable un commentaire sur la violence présente dans le pays chéri de Eastwood, les Etats-Unis. Une Amérique - imprimée jusque sur les verres de bières descendus en nombre - contrainte d'abandonner son pays pour s’ouvrir aux inconnus et les aider. Mais c’est aussi une réflexion sur la difficulté pour un jeune d’évoluer dans un environnement aussi dangereux que certaines banlieues américaines le sont, délaissées des hommes et de Dieu.

Walt Kowalski est en quelque sorte un super bricoleur, il le dit lui-même, son boulot c’est de réparer les choses. Son atelier ultra équipé le prouve. Chaque outil correspond à une panne bien précise. Il est capable de réparer le moindre problème, excepté le sien, celui plus profond, d’une plaie fondatrice ouverte durant la guerre de Corée. Blessure qu’il se cache et qu’il est bien incapable de confesser. Il préfèrera réparer un bout de son monde pour sauver l’âme encore pure de son jeune voisin et sauver ainsi son salut au péril de sa propre vie.
 
Mystic River laissait planer le doute sur une éventuelle religion. Million Dollar Baby et Gran Torino la condamne jugeant la croyance religieuse trop facile tout en gardant le côté salutaire et bien pensant qu’elle peut contenir. Mais Dieu sait à quel point, Clint Eastwood et la bien-pensance font deux. Gran Torino comme Mystic River se termine de manière énigmatique d’un point de vue moral. Errant joliment entre Clint et Harry.

Mais le film impose un resserrement spatial et temporel rapprochant la forme du film à celle de Sur la Route de Madison. Les films se déroulent entre deux maisons, voir dans une seule pièce, les déplacements se faisant rares. Et les personnages évoluent sur quelques jours seulement. La fameuse économie du grand Eastwood se retrouve à son sommet. Ainsi de son cinéma extrêmement calculé pour condenser un maximum d’idées et de sentiments en un minimum de moyen technique, surgit l'émotion. Au moment le moins attendu.

Les idées du metteur en scène n’ont pas foncièrement changées mais offrent une relecture de ses idéaux, peut être assagis. Et le film de clore l’œuvre de toute une vie par la mort de Dirty Harry, de ce qu’il était et prépare le terrain pour la mort de l’homme, du cinéaste, de Clint. La dernière phrase de Kowalski sera : "Me, i’ve got light". Sublime manière de boucler la boucle.

Réalisateur : Clint Eastwood

Acteurs : Clint Eastwood, Bee Vang, Ahney Her

Durée : 1h51

Date de sortie FR : 25-02-2009
Date de sortie BE : 25-02-2009
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 22 Juin 2012

AUTEUR
Lucien Halflants
[128] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de...
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