Critique de film
Gravity

Juste un mot pour livrer une première impression à chaud de Gravity, quelques heures après la projection. Il manque en effet une nuit pour en parler vraiment. Une nuit lestée désormais d’un appareil nouveau pour rêver. Rêver en appréhendant enfin l’espace dans sa dimension physique, plus réaliste que jamais. Rêver, sans aucune contrainte maintenant que la caméra peut se mouvoir, voler, se retourner, passer à travers les casques des astronautes, se retrouver immergée puis propulsée sous une pluie spatiale ou une explosion de satellite. Si la prouesse est bien là, elle n’est jamais aussi belle, aussi convaincante que parce que Cuarón la leste sans cesse du poids (physiques et émotionnel) de l’humain.

Dès l’ouverture, dès l’ahurissante scène d’ouverture en forme de plan séquence dans le vide, la terre est déjà là, plein cadre. Il y a la terre, il y a le vide. Ce sera toujours comme ça. Les deux se partageront l’écran tout au long du film. Soudain, au milieu de ce vide, apparaît une navette. Et derrière elle, il y a un point blanc qui voltige. Ce point, c’est un homme. Un astronaute dans l’espace autour de la terre. Un homme dans le vide vers lequel la caméra bascule doucement et glisse en toute liberté comme si elle n’existait même plus. Quelques astronautes travaillent, accrochés par un cordon à un satellite. Ils parlent, écoutent de la musique, racontent des anecdotes tel, celui, volubile, campé par  Georges Clooney. Le son humain, les voix remplissent comme il se peut le vide. Soudain, l’espace pleut, leur envoie des projectiles et brise le bel ouvrage du satellite. C’est l’espace, telle la nature, qui se déchaîne. Ryan (Sandra Bullock) est éjectée. Clooney tente de la sauver.

C’est donc la grande idée de Gravity. Son point fort, même si le film en recèle à foison : l’humain, la terre sont toujours là, au centre, ou à armes égales avec le vide (numérique) qui les entoure dans de grands mouvements d’impulsion et de répulsion. La terre est toujours devant ou face à l’homme. On la regarde avec les yeux de Ryan (Sandra Bullock). On la voit se refléter dans son casque ou le hublot d’une des stations spatiales qu’elle tente de rejoindre pour survivre. On la voit sur les parois du satellite. En renvoyant l’espace à l’homme, le vide à la terre, chaque geste, chaque imprévu prennent une dimension plus réaliste, plus pragmatique et plus émouvante.

Car Gravity est une histoire humaine : un immense film pragmatique (plus que métaphysiques comme chez Malick ou Kubrick) sur le deuil et le vouloir vivre au milieu d’une nature menaçante, sombre et silencieuse. Une nature si effrayante, si inhumaine qu’elle fait dire à Ryan : « je déteste l’espace ». Ce qu’aiment ses héros dans l’espace, c’est la terre, toujours là, toujours présente, dans le cadre quelque part. La terre qu’ils peuvent contempler d’un autre point de vue mais vers laquelle convergent tous les regards.

Quand Ryan se retrouve seule, on observe encore la terre au-dessus d’elle, Cuarón filme son corps dérisoire flotter au-dessus de la planète tandis que le soleil disparaît puis réapparaît. Cuarón prend l’espace au premier degré : comme une autre dimension de la nature. Il raconte une histoire classique – certains diront simpliste (avec son professionalisme) – au milieu d’aurores et de crépuscules inédits car spatiaux. De la même façon, il invente de nouvelles scènes d’action car placées sous des déchaînements telluriques spatiaux.

Si Gravity est d’ores et déjà une date, c’est parce que cette expérience n’est donc jamais plus importante que l’histoire que Cuarón raconte. Gravity n’est jamais un grand huit qui tourne à vide. Jamais Cuarón ne semble avoir inventé un script pour mettre en scène un pari technique.. Gravity est un film sur l’homme et ses possibilités de se déployer. C’est toute la beauté de ce film : avoir réussi à appréhender l’espace de manière réaliste sans jamais se délester de sa part humaine. De n’avoir donc jamais subordonné l’organique à la machinerie hollywoodienne, pourtant utilisée ici avec une invention constante et qui laisse pantois tout au long de la projection. Pour filer la métaphore que le film pousse jusqu’aux dernières et bouleversantes minutes finales, on pourrait dire qu’à l’heure où Hollywood s’interroge ; où l’usine à rêves est accusée de dupliquer, Gravity apparaît comme une renaissance. L’harmonie enfin accomplie entre le numérique, le technologique et l’humain.    

Durée : 1H30

Date de sortie FR : 23-10-2013
Date de sortie BE : 30-10-2013
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quintaine
29 Octobre 2013 à 12h39

Vous êtes super naïf dans votre analyse de ce film.
Certes, claque visuelle immense, en 3D, mais le film est creux, vide... Une pub Nespresso au regard de la prestation de G.C. Autant ce réalisateur sait faire des belles histoires, autant là, c'est nul du point de vue de l'histoire... Franchement, il ne faut pas chercher à vous convaincre vous-même...

Gadelan
25 Octobre 2013 à 15h46

Un très jolie critique sur un film qui se doit être vu au plus vite !
Critique mise en ligne le 12 Septembre 2013

AUTEUR
Frédéric Mercier
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Elevé dès la grossesse par Hawks, j'ai passé mon enfance à croire que le monde id&...
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