Critique de film
Happily Ever After

Tatjana est une femme d’aujourd’hui, européenne, libre, épanouie et cerise sur le gâteau elle a aimé passionnément les hommes de sa vie, (même si cela n’a pas duré). Mais un jour, à la suite d’un nouvel échec, seule, abandonnée, elle téléphone à ses ex, bien déterminée à comprendre ce qui ne tourne pas rond chez elle. Comble du désespoir elle réalise que tous sont mariés, même Nenad qui l’a quitté parce qu’il se croyait gay.

Tatjana est une enfant d’ex-Yougoslavie. Une héritière du socialisme patriarcal qui a vécu sa révolution sociale et culturelle en se réalisant individuellement et en refusant les vieux modèles éculés. Aussi, elle rêve d’amour, le grand, le vrai mais le réel c’est quand on se cogne. A chaque nouvelle relation, inlassablement elle convoque toutes les femmes qu’elle a fui. Celles de qui elle a souhaité s’émanciper, l’a renvoient subitement à ses contradictions. A nos contradictions, car finalement nous sommes tous fait du même bois, plus ou moins. A ceci près qu’elle est une artiste, avec ce qu’il faut de nombrilisme et d’impudeur pour se livrer et livrer les siens à la caméra. La caméra, ce témoin oculaire qui ne triche pas (plus ou moins), elle l’utilise comme un stylo, pour écrire le récit de son odyssée amoureuse au fil de ses rencontres à travers l’Europe. De Moscou à Londres en passant par Hambourg et Zaghreb, avec l’espoir de comprendre pourquoi l’amour ne dure pas. Elle entrevoit la réponse, quand elle se rend chez Pavel, son premier amour. Alors elle jauge ce qu’aurait été sa vie, s’ils ne s’étaient pas quittés. Mais qui sait ? Chacun a sa petite théorie sur la question, faite de phrases définitives qui s’annulent alors même qu’elles s’énoncent.

Ce n’est pas ce que recherche Tatjana, une réponse. Néanmoins elle peut faire le constat que l’émancipation féminine n’a pas eu lieu tout à fait, puisque ce qui l’entrave n’est plus une injonction extérieure mais bel et bien intériorisé. Par conséquent il est parfois difficile de faire la part des choses. Elle dresse le portait de nombreuses européennes cosmopolites. Le polaroïd d’une génération épinglée sur les vestiges du mur de Berlin écroulé, où se dessinent les contours d’un monde encore en devenir, la trace d’un geste fantôme sur un horizon lointain. C’est un très joli travail sur  la temporalité, cet assemblage au montage, d’images d’antan et de clichés plus actuels travaillés à l’ancienne, patinés, des icônes consacrées mais mouvantes, quand le désir se drape d’une nostalgie, primitive. C’est d’ailleurs ce qui fluidifie le récit parfois un peu difficile à avaler, dont la trivialité est un quasi exercice de style, car nous sommes invités aux scènes de ménage du couple que forme Tatjana et Rogier. Les séquences sont des prises de vue faites sur le vif, sans mise en scène, car un découpage aurait saboté l’idée même du projet.

A la fin il n’y a pas de réponse, puisqu’elle la donne au début : « C’est l’amour que j’aime » voilà. Le voyage à travers l’espace et le temps de ses amours mortes était pourtant nécessaire. Pour Tatjana, l’amour devait être dramatique, douloureux (doloriste). Le temps passant elle aspire aujourd’hui à plus de quiétude, comme elle l’avouait au micro de France culture dans une très belle émission où son travail était mis en correspondance avec celui de Sandra Reinflet, partie elle aussi à la recherche de ses anciens amants, pour son livre « Je t’aime maintenant », mais en se posant la question inverse : « Pourquoi pour compter un amour doit-il durer ? » Bientôt, un jeune artiste fera un parcours similaire et avec toujours cette même question : Quelle est donc cette chose étrange que l’amour ? Ce qui pourrait bien être, le prochain ouvrage de Jean d’Ormesson.

La page Facebook du film  

Barbara Alotto  

 

Réalisateur : Tatjana Bo?i?

Acteurs : Tatjana Bo?i?

Durée : 1h23

Date de sortie FR : 03-02-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 02 Février 2016

AUTEUR
Le Passeur Invite
[49] articles publiés
test
[en savoir plus]
NOS DERNIERS ARTICLES