Critique de film
Hors Satan

Sur les plages venteuses de la Côte d'Opale, un sans-abri à genoux, dans une posture de prière, semble invoquer la nature immense et généreuse. Qui ou que prie-t-il, nul ne le sait ? Il est un Jésus des temps modernes, un ermite que les villageois nourrissent à l'instar de ces moines tibétains qui font l'aumône pour se consacrer à la prière. A ses côtés, une jeune femme prie aussi. Elle fait partie des fanatiques, de ceux qui suivent le mouvement du mysticisme pour trouver un sens. Quand celui que le générique appelle Le gars (David Dewaele) rentre dans le champ avec un fusil, on se doute qu'il a une perception du sens religieux bien personnelle, et quand il abat le père de La fille (Alexandra Lematre), on comprend qu'il est celui qui délivre du mal. Il prend et donne la vie, embrasse goulument La gamine et La routarde pour leur extraire le mal en les vidant ou en les remplissant au choix.

Hors Satan est une oeuvre à part, elle côtoie Gerry de Gus Van Sant dans son épure des dialogues, dans sa projection des paysages dans lesquels les personnages ne sont que des brindilles balayées par les circonstances. Hors Satan se rapproche aussi d'oeuvres mystiques comme The Tree of Life ou Oncle Boonmee, proche aussi de Printemps, été, automne, hiver, printemps... de Kim Ki Duk, il apprivoise le spectateur de la même manière, en l'endormant sous la lenteur du propos, en lui donnant les clés de l'interprétation au cours d'une hypnose volontaire induite par la répétition de scènes dites naturalistes. Dans la première partie du film, on pourra s'ennuyer ou se surprendre à s'endormir par intermittence sans que le paysage n'ait évolué à l'écran.

Pourtant chaque plan est d'une beauté implacable, tout en lumière naturelle, les sons percutants dans un film dénué de musique, les cadres sont admirablement construits, essentiellement extérieurs et pourtant habités d'une magnifique présence. C'est une oeuvre difficile de par sa forme et son sujet mais aussi mystique qu'aboutie. Une mise en scène âpre et rugueuse comme le jeu parfois approximatif de ces acteurs non professionnels mais dont les visages marqués par la vie font ressentir beaucoup plus que certains visages aseptisés dont le cinéma mainstream nous gave à longueur d'année.

Puis la deuxième partie du film s'amorce, aussi fanatique que les actes du guérisseur qui guident le film sur des sentiers fantastiques. Quelques scènes ahurissantes de force s'éveillent à l'image, Le gars délivre la routarde en la prenant sauvagement en pleine nature alors que l'écume abonde sur son visage, la laissant pour morte à même le sol baigné de rosée... ce rapport à la sexualité est d'ailleurs un des points non élucidés du film, Le gars se refuse à La fille qu'il ramène pourtant comme les autres personnages du film d'une mort certaine à la vie. Il s'en va sur la route après avoir libéré les femmes du village, sorte de Christ à moitié sexué, accompagné d'un chien tenu fermement en laisse comme pour contenir sa rage, ange vagabond d'un cinéma novateur et exigeant. C'est ce basculement même de la contemplation à l'action mystique qui est la belle surprise d'Hors Satan, un film qui va résolument secouer le spectateur et en imprégner son souvenir.

Durée : 1h49

Date de sortie FR : 19-10-2011
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Laruelle
25 Janvier 2013 à 17h29

Deux étoiles seulement pour ce film c'est un peu léger. Ca mérite mieux je pense
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Critique mise en ligne le 18 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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