Critique de film
I am Yours

I am Yours est le film choisi par la Norvège pour les Oscars 2013. C'est toujours passionnant d'essayer de comprendre pourquoi tel pays choisit tel film en ce qu'il est supposé être le plus universel et le moins possible refermé sur sa propre culture (à moins que ça en devienne vulgairement folklorique) en plus d'être le meilleur. Le film de Iram Haq (son premier) nous raconte l'histoire de Mina, une jeune mère célibataire de 27 ans d'origine pakistanaise. Elle est actrice (elle nous le dit mais nous ne la verrons jamais travailler). Elle rencontre un jour Jesper, un réalisateur suédois dont elle tombe folle amoureuse. Mais cet amour va-t-il supporter les conventions de la famille pakistanaise traditionnelle? Jesper va-t-il accepter l'enfant (Felix, 6 ans) de Mina ? Telles sont les questions auxquelles le film s'efforce de répondre.

C'est assez saisissant de voir que malgré son origine multi-culturelle, le film semble tout droit sorti d'Hollywood. Tout est très classique dans la manière de raconter l'histoire, de montrer l'amour naissant (à travers le fameux montage on se découvre, on s'amuse, on s'aime), de confronter la pensée conservatrice de la communauté (mariage forcée) à la réalité d'un amour contemporain etc... Tout cela n'est donc absolument pas nouveau, n'apporte rien au genre. Cependant il y a bien des moyens de réussir malgré tout un bon film si on rend ses personnages attachants, si on injecte un peu d'humour, si on soigne ses dialogues etc...

Cependant ce n'est pas le cas ici. Tout est très mal écrit et mal géré au niveau temporel (trop d'ellipses qui ne nous laissent pas le temps d'apprécier le temps qui passe). L'ensemble fait très brouillon, comme écrit par blocs plutôt qu'en un ensemble cohérent. Mais l'échec le plus patent est sans doute cette incapacité à raconter ses personnages et à les rendre attachants. Comme le personnage de l'enfant par exemple. Il est fondamental, il est même charnière au niveau de la vie du personnage principal. Et pourtant il est laissé de côté. Il est même littéralement abandonné par le couple d'amoureux qui préfère aller s'amuser sans lui. Il n'est qu'une silhouette, qu'un accessoire, il n'est jamais un véritable enjeu.

Alors il y aura bien une tentative d'explorer la détresse du personnage à travers le sexe et le rapport aux hommes (à travers une poignée de scène étrangement crûes et hors propos). Mais comme tout le reste, c'est traité purement en surface et on ne ressent rien pour ces personnages antipathiques. Et ce n'est pas cette fin qui ne décide rien, qui préfère tout laisser en plan qui va changer les choses. On ose espérer que la cinématographie norvégienne avait de meilleures films dans ses cartons pour les Oscars et que l'envoi de ce I am Yours est une pure erreur administrative.

Durée : 1H30

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 26 Décembre 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
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