Critique de film
Inception

Faire un film sur les rêves, voilà bien un faux concept original ! Si le cinéma n’est pas en substance une projection de l’inconscient et si l’imaginaire onirique n’est pas la matière première de l’inspiration de bon nombre de réalisateurs alors autant avouer que Christopher Nolan a flairé le bon sujet. Il ne s’agit pas de simplifier la thématique relativement absconse d’Inception qui ne fait pas que parler du rêve mais va jusqu'à y situer physiquement son action.

En gros, Dom Cobb (le toujours génial Leo) est un spécialiste de l’extraction de secrets dans le subconscient de ses victimes. Il les détrousse pendant qu’elles rêvent en se connectant à leur univers nocturne. Cette fois-ci et pour retrouver sa liberté (il est fugitif), il doit faire naître une idée dans le cerveau de sa cible, ce qui est beaucoup plus compliqué parce que celle-ci, l’héritier d’un empire financier, est aguerrie à la protection du subconscient, en traduction il envoie des hommes armés dans son rêve pour défendre ses petits secrets savamment refoulés au fond d’un coffre caché dans l’obscurité d’une montagne en Antarctique.

Dom doit monter une équipe, chimiste, architecte, transformiste et surtout expliquer à ses coéquipiers et par la même occasion au spectateur comment on pénètre les rêves d’un individu. Ça prendra plus ou moins une heure. Il y a le rêve, son décor, la manière de ne pas se faire repérer par les projections (les passants anonymes du rêve), le passé que l’on charrie avec soi dans le cerveau de l’autre et surtout le rêve dans le rêve et le troisième niveau, le rêve dans le rêve du rêve, la célèbre mise en abîme au carré.

On rentre dans la seconde partie du film. La mise en scène est prodigieuse et le montage comme à son habitude exceptionnel de précision déconstructive, seule la bande son irrite un peu. Ça suffit pour nous tenir en haleine. On rentre dans la phase dite du rêve, le film d’action en somme, le scénario qui multiplie les niveaux de lecture nous largue en chemin, des actions se situent en synchronicité dans 3 niveaux de rêves. A nouveau la virtuosité de Nolan n’est pas contestable, certaines scènes en apesanteur sont bluffantes surtout quand on sait qu'il s'agit d'effets mécaniques et pas rajoutés numériquement, son sens du rythme aussi.

Non ce qui déçoit c’est son manque d’imagination formelle. Tout est trop lisse, trop convenu, trop réel. Rien d'anormal, aucune baleine volante, aucun homme à la tête de chien, aucune scène sans pantalon au beau milieu d’un ascenseur. Nous ne sommes pas dans un rêve. Il n’en a pas la couleur, les contours, la démesure. Dans un rêve, il y a des ruptures spatiales, temporelles, des visages qui changent subitement, des panoramas inédits. Dans l’Inception de Nolan, il y a juste des buildings qui s’effritent. Tout est trop maîtrisé, sans peur, sans inconnu. Certes c’est le boulot de cette équipe que de circonscrire le champ de l’action mais à un seul instant le rêve dérape et un train surgit au beau milieu d’une rue. C’est ça ce qu’il manque, de la folie, une vie sans rails.

Nolan ne prend pas les spectateurs pour des imbéciles, c’est ce qu’il dit. Pourtant si ! A passer son temps à nous expliquer son concept de génie et à nous montrer qu’il maîtrise l’exercice de la déconstruction, il délivre un film à la chute aussi fine que la pointe d’une toupie. C’est à la fois trop et pas assez ambitieux. Nolan reste un réalisateur atypique, bien calé entre deux mondes, celui du blockbuster et celui du film parfait, c'est à dire en osmose formelle avec son sujet. Il n'en est pourtant pas loin.

Durée : 2h28

Date de sortie FR : 21-07-2010
Date de sortie BE : 21-07-2010
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Laruelle
25 Janvier 2013 à 18h07

Il ne faut pas oublier que le film s'inspire des univers de Phillip K Dick où il n'existe ni baleines volantes ni hommes à tête de chiens. On voyage dans des mondes parallèles qui ne sont pas véritablement oniriques.
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Critique mise en ligne le 13 Juin 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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