Critique de film
Interior. Leather Bar.

James Franco n’est pas qu’un acteur populaire. Il peint, il écrit (il a publié sur le site américain du Huffington Post à de nombreuses reprises notamment), depuis 2011 il est inscrit à Yale où il prépare un doctorat d’anglais mais il est également réalisateur. Il a déjà de nombreux courts-métrages à son actif et a réalisé plusieurs longs-métrages. Ses premiers essais sont restés inédits mais son dernier As I Lay Dying adapté de Faulkner a été présenté au dernier Festival de Cannes dans la catégorie Un Certain Regard. Interior. Leather Bar. a quant à lui eu les honneurs de passer par Sundance. C’est un projet documentaire qui cherche à recréer les 40 minutes coupées par le bureau de censure du film Cruising de William Friedkin. Ces scènes coupées n’ont jamais été montrées et sont aujourd’hui considérées comme définitivement perdues. Franco et son co-réalisateur Travis Matthews décident donc d’imaginer ce que pourraient être ces 40 minutes de films, supposées trop sexuelles pour l’époque (Cruising est un film se déroulant dans le milieu gay cuir des années 70).

Le projet est double. D’un côté les scènes recréées en question mais également et plutôt surtout toute la préparation du tournage. Car en effet pour incarner l’alter ego du personnage de Al Pacino les auteurs font appel à un acteur hétéro qui se retrouve à devoir jouer des scènes gays sexuellement très chaudes.

Ce film est une vaste blague, une arnaque même. Comment et pourquoi se retrouve-t-il dans des festivals autour du monde ? Pour la simple et bonne raison qu’il a été réalisé par un acteur star capable de vendre n’importe quoi sur son seul nom. Tout est résumé par l’acteur supposé prendre le rôle d’Al Pacino qui dit dès les premières minutes du film : « je ne comprends pas ce projet, je n’y vois rien d’artistique mais puisque tu (James Franco) me le proposes je vais le faire ».  C’est exactement ça, le projet est totalement vide, n’a strictement aucun intérêt, n’est qu’un vague collage de quelques discussions autour d’un tournage gay pour interroger la tolérance de l’acteur hétéro face à des relations homosexuelles.  On a le droit de trouver cela positivement grotesque. Et le plus ironique c’est que si les spectateurs sont dans la salle c’est également parce que James Franco est là. Il y a là un rapport de soumission malsain à la puissance du « nom », de l’aura médiatique, artistique d’un acteur.

Mais au-delà de ça le film est encore plus dérangeant car il resprésente un genre d’objet à la gloire de James Franco. On ne parle que de lui. Entre les acteurs gays qui espèrent qu’il sera sur le tournage et de préférence nu et cette équipe qui le suit partout dans son délire personnel il n’y en a que pour lui. Le plus drôle est sans doute l’impression qu’il n’en a strictement rien à faire de ce projet. Lors du tournage de la principale scène dans la boîte il n’est même pas présent ou s’il est là c’est à l’écart, le nez plongé dans  un téléphone. Lors d’une autre scène on le voit tenir une caméra comme pour justifier son implication toute relative au film. A aucun moment il ne semble impliqué, ne semble prendre la responsabilité d’être le cinéaste du film (contrairement à son co-réalisateur qui prend tout en main).

Vraiment rien à sauver de ces 60 minutes pseudo reflexives sur l’homosexualité. Et Cruising dans tout ça ? On ne verra finalement que quelques minutes des 40 minutes promises au début du film, les cinéastes n’ayant pas le courage de foncer dans le tas et d’assumer leur sujet. Au lieu de ça on se retrouve avec un documentaire qui s’avèrera, cerise sur le gâteau de l’imbécilité, totalement scénarisé ! On en ressort avec l’impression d’avoir été pris pour un con, d’avoir été le cobaye d’un acteur célèbre pensant pouvoir nous imposer ce qu’il veut sur la seule gageure de son nom. Une aberration totale.

Présenté aux Champs Elysées Film Festival

Durée : 1h

Date de sortie FR : 30-10-2013
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 13 Juin 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
[176] articles publiés

"Schizophrène cinéphile qui s'éclate autant devant The Hobbit que devant un  B&...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES