Critique de film
Janis

Ouf, ce n’est pas un biopic sur Janis Joplin! Plutôt que de tomber dans la romanisation-dramatisation-vénération d’une légende dont la gloire n’est plus à faire, plutôt que d’avoir recours à une écriture fictionnelle souvent trop linéaire (enfance, difficulté, gloire, chute, gloire à nouveau, mort, …) Amy Berg recourt à l’épistolaire pour aborder avec originalité la vie de la star. A la marge du documentaire et d’une réflexion cinématographique, le film s’aventure avec brio dans le récit autobiographique de la chanteuse. C’est en effet Janis Joplin elle-même, à travers la voix suave de Cat Power qui nous conte son histoire par le biais de correspondances privées. Amy Berg, qui s’était davantage faite remarquée pour ses prises de position sur la justice sociale, avec Every Secret Thing, An Open Secret par exemple, colore la biographie de la chanteuse des teintes du documentaire. Le film nous emporte dans un journal intime filmé, mêlant la douceur tranquille des photographies, courriers personnels, interviews de ses proches, aux images vibrantes et subjuguantes de Janis Joplin sur scène.

Grâce aux témoignages, le film porte un regard plus proche sur la femme que sur une célébrité blessée, coriace, pas très jolie, mais qui s’en fout et qui en joue. Une femme qui n’a d’autre but que d’être fondamentalement heureuse, mais que le blues ne quittera paradoxalement jamais. Pas besoin d’insister sur la fin, on la connait tous. Ni sur la drogue, on aura bien compris comment elle en est arrivée là. Seules quelques lettres, seuls quelques interviews rappellent avec subtilité les substances d’un temps. Par contre, on ne boude pas le plaisir d’une longue séquence sur l’envers de la scène, sur la création musicale, sur ses cordes envoûtantes. Comme un tableau de Claude Monet, on filme toutes les nuances, on joue des niveaux de décibels, mais aussi des huis-clos d’enregistrement. On met en perspective tous les raccords et détails qui donnent finalement vie à un titre. Le désir d’entendre la version finale, après maintes reprises, l’envie presque physique de ce son grandit. Libération aux quatre premières notes, puis deuxième mesures, jusqu’au chant de Summertime.

Quand Janis Joplin est sur scène, c’est un courant indicible qui la transcende, qui traverse la scène, et se déverse jusque dans la foule. Le travail des archives est d’une qualité impressionnante tant chaque scène pioche un gros plan de son visage illuminé au rythme de la musique. Mais ici surgit la faille de la critique. Il n’y a pas de mots pour décrire le flux inextricable qui se crée entre sa présence et ses deux publics, celui d’alors, masse en communion de la foule face à son génie, et nous, spectateur de l’ombre bien envieux d’appartenir à ce monde. 

Réalisateur : Amy Berg

Acteurs : (Indisponible)

Durée : 1h43

Date de sortie FR : 06-01-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 07 Septembre 2015

AUTEUR
Claire Demoulin
[42] articles publiés

Le cinéma exerce sur moi ce pouvoir de substituer au regard un monde qui s’accorderait à mes d&...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES