Critique de film
John Carter

John Carter directement issu de l’imaginaire fou du romancier Edgar Rice Burroughs (Tarzan) est enfin adapté au cinéma après 80 longues années de tergiversation. Beaucoup de grands réalisateurs ont tenté en vain de se frotter au mythe qui inspira par le passé de nombreux univers au nombre desquels notamment Star Wars et Avatar, rien que ça… Mais l’univers de Science-Fantasy aussi riche soit-il ne garantit nullement la qualité d’une adaptation cinématographique. Le pauvre Andrew Stanton (Le Monde de Némo, Wall-E), qui après Brad Bird (autre transfuge de Pixar) délaisse l’animation pour s’abandonner à la direction d’acteurs, a été victime du sursaut d’ambition des studios Disney (budget colossal de 250 millions $. Le scénario qu’on lui a mis entre les mains est d’une vacuité narrative abyssale et en extirper autre chose qu’une tempête de sable eut été surnaturel.

Nous sommes au XIXe Siècle dans les déserts hostiles des USA, John Carter (Taylor Kitsch) soldat confédéré déserteur a préféré l’or à la guerre. Dans cette quête symbolisant le rêve de réussite américain, John Carter cherche à oublier sa femme et son fils mort dans un incendie accidentel et c’est alors qu’il découvre enfin le Graal (à savoir l'or qui le rendra riche) qu’il tombe nez à nez avec un extra-terrestre à l’apparence humaine, sorte de prêtre mystique tout droit sorti de Matrix, en moins de temps qu’il n’en faut pour respirer, Carter se retrouve sur Mars (Barsoom en langage local), fait des bonds de bottes de sept lieues en raison de la gravité différente et découvre des êtres entre les tortues ninja et le phacochère du Roi Lion, les Tharks. 

Les Tharks verts comme de bons martiens, perchés sur des échasses et doublement membrés ont des comportements barbares, ils organisent par exemple des mises à mort dans des arènes où de gros singes blancs dévorent leurs prisonniers. John Carter tel Tom Cruise dans Le Dernier Samouraï va évangéliser ces rustres et les mener au combat final contre les méchants rouges d'apparence humaines qui veulent dominer Mars (les rouges étant opposés aux gentils bleus, seuls leurs tenues les distinguent). (L'originalité du scénario, du livre en fait, c'est que les rouges (métaphore d'humains écervelés) sont en fait manipulés par des semi-dieux qui attende que la planète Mars ne meurt à cause d'une exploitation tous azimuts... pointe donc ici l'esprit écologiste de Rice Burroughs). John Carter troquant son look de chercheur d’or pour celui de Prince de Perse, cheveux longs et muscles saillants (les confédérés faisaient de la gonflette ?), va évidemment tomber amoureux d'une princesse, l’imposante Dejah Thoris (Lynn Collins) dont l’allure ressemble davantage à Xena la guerrière qu’à la princesse Leia. John Carter incarnation de l'américain va-t-en guerre prêt à s'engager dans des conflits qui ne le regardent pas. Je vous épargne la suite, succession infinie de séquences bavardes où les deux héros devisent sur le monde, la guerre et l’amour au terme d’échanges aussi stériles qu’imbéciles.

Parce que finalement la démonstration visuelle, la richesse créatrice foisonnante, la construction du mythe à l’écran s’évanouissent aussi rapidement qu’ils sont apparus, faisant place à ce scénario poussif et à ces acteurs insipides aussi peu convaincants dans leur déclamation que dans leur placement face au fond vert. Taylor Kitsch regarde par exemple une bestiole le dépassant de deux mètres mais son regard se perd dans le néant, on comprend qu’il regarde tout autre chose dans le studio, une poire ou une pomme par exemple. On ne peut évidemment nier qu’il y a un effort de crédibilité mais on est tellement loin de la puissance des autres sagas du genre, de leur force d’évocation. Il y a en plus cette petite morale pénible derrière le propos du film. Carter dit à son neveu ‘bats-toi pour une cause, écris un livre, tombe amoureux’… fais, bats-toi, agis… deviens un guerrier mon fils. C’est toujours la même salade volontariste qu’on nous rabâche à l’écran.

Malheureusement pour lui, John Carter est arrivé après les autres, même s’ils se sont inspirés de son univers, l'absent a eu tort d'attendre si longtemps dans les greniers des Studios. On a dès lors cette impression de terrain familier qui perle dans tous les plans, surtout dans les récents westerns de science-fiction du style Cowboys et envahisseurs. Les acteurs ne sont qui plus est pas du tout convaincants, mais avec de tels dialogues entre les lèvres accompagnés de cette sirupeuse musique on aurait tous eu l’air à côté de la plaque. On leur pardonnera donc. On nous promettait de découvrir un nouveau monde, ça a pourtant un furieux air de déjà vu.
 

Durée : 2H20

Date de sortie FR : 07-03-2012
Date de sortie BE : 07-03-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 23 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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