Critique de film
John From

Dans John From, le cinéaste portugais Joao Nicolau raconte l'été de Rita, une adolescente lisboète qui tombe amoureuse de son voisin. Sans attendre, le film se révèle être une perle douce, au rythme oisif et à la singularité affirmée. C'est sous le soleil de Lisbonne que le récit initiatique peut commencer … 

Un album photos 

En filmant le quotidien estival de Rita dans un quartier paisible de Lisbonne, Joao Nicolau semble peindre des souvenirs communs de l'adolescence. Des cafés en terrasse, des siestes au soleil, des journées qui se ressemblent agréablement. Comme dans un album photos, les plans de John From défilent comme une succession d'instants volés, à l'essence nostalgique et contemplative. C'est avec une sensibilité aérienne que le cinéaste esquisse ces petits bonheurs, tous pailletés d'une simplicité attendrissante. La singularité de John From est parfois accompagnée d'un sentiment fort de familiarité : celui de l'été, qui a le pouvoir d'adoucir les expériences et leurs déceptions, ici esquissé dans des plans à l'esthétique souvent similaires à celle des cartes postales vintage

Sacraliser un entre-deux 

Au-delà d'une madeleine de Proust visuelle, John From se déroule comme un récit initiatique. Le film se sert d'un onirisme naturaliste pour décrire l'entrée en scène de bribes de maturité dans la vie d'une adolescente. Le personnage de Rita se fait alors incarnation de cet instant de vie pendant lequel tomber amoureux s'associe encore à un jeu : la maturité se fait timide et John From sublime tendrement cet entre-deux. Malgré une action limitée, l'ennui n'est jamais convié dans le déroulement du film et la comédienne principale y est sûrement pour beaucoup. Cette muse, à la fois espiègle et délicate, symbolise les prémisses d'un futur passage à l'âge adulte et invite les mélancoliques à revivre des sentiments parfois trop vite oubliés. 

Place au rêve !

Puis, l'imaginaire de Rita redécore l'espace. Elle s'adonne à la passion de celui qu'elle aime - les îles du Pacifique – et repeint tout le décor. Une jungle colorée, encore plus vive que celle des tableaux du Douanier Rousseau, envahit le béton du quartier. Un carnaval de plumes et de peintures corporelles s'invite et donne à John From des allures de rêve éveillé. Le film se transforme alors en ode à l'imaginaire juvénile et au monde presque sacré des fantasmes adolescents. La poésie reste simple et belle, comme dans un spectacle d'école de fin d'année. L'originalité jubilatoire de John From se confirme encore une fois et le film se fait bel et bien aussi enchanteur qu'un rayon de soleil … 

Durée : 1h35

Date de sortie FR : 25-05-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 30 Mai 2016

AUTEUR
Alice Carlos
[16] articles publiés

Fascinée par l'impression de réalité procurée par l'image cinématographique, ce qui me captive encore pl...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES