Critique de film
Juliette

Juliette a 25 ans, elle ne sait pas quoi faire de sa vie. Elle vit seule dans un grand appartement. Son père malade est à l’hôpital. Juliette lui rend visite souvent. Elle va à des soirées branchées, des concerts dans des entrepôts, rencontre des garçons, commence des relations. Au fond Juliette a 25 ans mais n’est qu’une enfant. C’est même plus précisément une enfant gâtée. Non seulement elle est née dans un milieu privilégiée, peut se permettre de ne rien faire de ses journées dans son grand appartement parisien mais en plus, cerise sur le gâteau, on consacre un film sur sa vie totalement inintéressante.

Il faut être assez indulgent devant un tel film car son projet même est horripilant pouvant se résumer ainsi : chronique de la vie d’une jeune fille qui pleurniche entre deux garçons et qui se découvre écrivaine pour faire plaisir à son papa malade. D’ailleurs toute cette sous-intrigue du père malade n’apparaît presque que comme une caution morale face à un film n’assumant pas sa totale artificialité. A la mise en scène Pierre Godeau nous offre quelques jolis moments musicaux entre ralentis et montage impressionniste avec entre autres The Do, Anthony & the Johnsons ou encore Camille. Mais quand c’est pour illustrer des scènes naïves d’une Juliette romantique sur la plage qui trace des trucs dans le sable ou qui mange des fraises on se dit que décidemment c’est un film qui a bien peu à offrir. On a un peu l'impression d'être devant une sitcom AB où Juliette attend d'aller rendre visite à José et Cricri pour leur répétition dans le garage avant d'aller prendre un jus d'orange à la caféteria. Sa seule excentricité va être de nous concocter des scènes de poésie carton-pâte empruntées à Michel Gondry pour illustrer le livre pour enfants que Juliette est en train d’écrire.

Le film a des affinités avec Frances Ha, en ce moment sur les écrans. Comme une version parisienne et dépressive du film de Noah Baumbach. Juliette est une artiste au fond du cœur et ne se réalisera qu’à travers ses créations, comme Frances. On peut aussi en avoir un peu marre de ce cinéma nombriliste, égocentrique, de hipsters parisiens pseudo bohèmes, pseudo artistes. On se demande quand même un peu pourquoi Juliette ne pourrait pas habiter à Dunkerque et vouloir devenir contrôleuse de gestion. Comme si cette Juliette-là n’avait aucun droit de cité dans le cinéma français contemporain. Comme si elle n’intéressait personne et surtout, plus terrible, comme si elle ne représentait pas sa génération, comme si elle ne représentait rien. Contrairement à cette jolie Juliette parisienne qui n’est rien d’autre qu’une caricature découpée grossièrement au ciseau dans un magazine féminin.

La question majeure qui subsiste quand même c’est que le cinéma est un art qui coûte cher, très cher même. Plusieurs millions d’euros en moyenne. Ce Juliette a sans doute coûté moins que ça, peut-être à peine un petit million mais malgré tout, des producteurs, un distributeur, des chaînes de télévision, des régions ont apporté de l’argent pour que ce film, pour que la vision de Pierre Godeau, existe à l’écran. Ce n’est pas tant que le projet ne méritait pas d’exister. C’est simplement qu’il est difficile de comprendre pourquoi on l'a produit ? On dit souvent que faire un film c’est déplacer des montagnes. Mais à aucun moment, Juliette le personnage, ne mérite que l’on déplace quoi que ce soit, à part peut-être une chaise pour qu’elle puisse s’asseoir dans un coin. A l’heure où des centaines d’apprentis cinéastes essaient tant bien que mal de monter leurs projets, on a du mal à comprendre ce qui a fait que ce projet en particulier ait eu les honneurs de voir le jour tellement il est vide, autant sur le papier qu’à l’écran.

Durée : 1h21

Date de sortie FR : 17-07-2013
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Valentine
03 Avril 2015 à 16h55

Moi je l'ai aimé, il m'a fait ressentir de très belles choses.

A 25ans perdre son seul géniteur n'est-ce pas un drame. Donc comment pouvez vous dire qu'elle est gâtée? Oui d'une certaine façon, son père compense énormément en lui offrant la sécurité, mais après tout qu'est-ce qui vous fait dire que cette Juliette est d'avantage privilégiée que quelqu'un d'autre...

J'ai 24 ans moi-même, la peur de perdre un de mes parents, de faire des choix professionnels... Je la comprends et Astrid Bergés me touche.

Bref, j'ai trouvé ce film subtile et esthétique. Il m'a plu.

Juliette
13 Juillet 2013 à 17h13

La raison pour laquelle ce film a été financé est très simple : Pierre Godeau est le fils d'un des plus importants producteurs de cinéma français, et c'est la boite de son père qui a produit le film.
Vu le film au festival des champs élysées, il y a quelques plans bien filmés mais son principal intérêt est sa bande originale, qui elle est par contre excellente.

Etienne A.
10 Juillet 2013 à 21h00

J'ai vu ce film à Paris Cinéma et l'ai adoré !

Cette critique pue un peu la haine quand même. Je ne suis pas riche, pas spécialement beau, je suis un mec mais j'ai trouvé que le film disait beaucoup de choses sur la génération de jeunes d'aujourd'hui (une jeunesse d'images, qui rêve mais qui a du mal à se bouger, libre sexuellement mais en même temps victime de la société de consommation).

Une sitcom AB sérieusement ?! Les plans sur la plage dont vous parlez sont loin d'être dénués de sens, elle ne dessine pas des trucs dans le sable mais une sorte de prison, traduisant son renfermement sur elle-même, sa difficulté à laisser entrer dans son monde le garçon qu'elle aime.

Et alors le reproche sur le fait qu'on ne voit pas assez de "Rosetta" dans le cinéma français...

Si l'amour, la perte d'un père, la difficulte d'entrer dans la vie professionnelle constituent un vide, j'admire la vie de l'auteur de cet "article" : vous devez avoir une vie sacrément trépidante !

Je ne connaissais pas ce blog, je suis tombé dessus en cherchant des articles sur le film. Je ne reviendrai pas face à tant de méchanceté mal argumentée.
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Critique mise en ligne le 09 Juillet 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
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