Critique de film
Jupiter : Le destin de l'univers

Attendu l'été dernier dans les salles, Jupiter Ascending sort aujourd'hui avec une promo officielle limitée à sa plus simple expression, laissant planer sur le nouveau blockbuster d'Andy et Lana Wachowski une aura de véritable naufrage industriel. Derrière ce silence qui sonne comme une future condamnation au box office après les échecs de Cloud Atlas et de Speed Racer, le film est pourtant une véritable réussite qui confirme la vitalité du cinéma des Wachowski et leur place à l'avant garde du système hollywoodien actuel.
A l'heure où les studios envisagent le futur du 7éme art comme une déclinaison de franchises préexistantes, d'adaptations de bandes dessinées ou d'attractions de fête foraine, Jupiter Ascending apparaît comme un modèle de blockbuster aussi inventif que atypique dont il convient de saluer l'intégrité et l'ambition.

Pouvoir de l'imaginaire

Loin de la distanciation et de la dérision généralement de mise dans le cinéma contemporain, les réalisateurs de Matrix réinvestissent le genre du « space opera » en empruntant les codes de la fantasy et du conte de fée avec un sens de l'émerveillement hérité des classiques de notre enfance. Alors qu'Hollywood ne cesse de piétiner cet héritage millénaire à grand renfort d'adaptations où la démarche post-moderniste prend le pas sur l'idée même de merveilleux (le récent Into the woods), Jupiter Ascending choisit la voie du classicisme pour retourner aux sources d'un imaginaire qui court de Star Wars aux écrits de Charles Perrault et des frères Grimm. Alors que leur cinéma s'amusait jusqu'alors à déconstruire les mécanismes d'identification du spectateur au sein du récit, Andy et Lana Wachowski font pour la première fois le pari d'un cinéma de la pure évocation.

Super-héros

Dés la première et mémorable scène d'action où Channing Tatum affronte une flotte extra-terrestre en plein Chicago, les Wachowski invitent le spectateur à regarder Jupiter Ascending avec les yeux d'un enfant découvrant pour la première fois le Superman de Richard Donner. En une seule scène qui met à l'amende toutes les tentatives super héroïques récentes de Marvel, Jupiter Ascending nous réconcilie avec un genre que l'on pensait enterré sous les blagues et les clins d’œil d'Iron Man, Thor et autres gardiens de la galaxie.

Bénéficiant d’une direction artistique somptueuse, aux couleurs étincelantes et aux décors majestueux qui ne demande qu'à s'épanouir au-delà des deux heures de la projection, Jupiter Ascending pose les bases d'un univers dans lequel on a immédiatement envie de se replonger une fois le générique de fin terminé.
Les huits mois de retard et la gestation douloureuse du film ont cependant laissé quelques cicatrices. Au premier rang, un montage qui peine à donner corps à certains personnages secondaires et une Mina Kunis qui ne semble pas encore avoir l’étoffe d’un premier rôle. Malgré ces quelques réserves Jupiter Ascending s'impose comme une alternative solide au cinéma moribond des studios Marvel et de Zack Snyder.

De grandes espérances

Seize ans après Matrix les Wachowski signent un nouveau coup d'éclat. Souhaitons à Jupiter Jones, leur nouvelle héroïne, de pouvoir connaître un destin aussi glorieux que celui de ses aînés et d'arriver à reconfigurer la matrice déréglée d'un cinéma hollywoodien en bout de course.

Durée : 02h07

Date de sortie FR : 04-02-2015
Date de sortie BE : 04-02-2015
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 04 Février 2015

AUTEUR
Manuel Haas
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