Critique de film
Juste La Fin Du Monde
L'exercice de la réunion de famille qui tourne mal est presque un genre en soi. Cette année à Cannes, Sierranevada de Cristi Puiu en proposait une version toute personnelle. Juste la fin du monde est une adaptation d'une pièce de Jean-Luc Lagarce. Elle raconte la journée de Louis, 34 ans qui rentre dans la maison de famille après 12 ans d'absence pour annoncer qu'il est malade et qu'il va bientôt mourir. Sa mère, sa jeune soeur qu'il n'a pas vu grandir, son grand frère et sa belle-soeur sont là pour l'accueillir. Mais pas les bras ouverts.
 

Dès l'ouverture du film on comprend immédiatement que Xavier Dolan va charger la barque. A peine rentré dans le salon, le mutique Louis est confronté à des gens qui ne s'expriment qu'en criant et en s'insultant sans parvenir à développer une vraie conversation. Cette dysfonction profonde, cette incommunicabilité irrésolvabe seront la ligne rouge sur laquelle va s'écrire la quinzaine de séquences qui composent le film. C'est là son premier défaut, ce moule duquel il ne parvient jamais à s'affranchir, d'où un sentiment étrange que les personnages passent le film à parler des langues différentes, à avoir des discussions de sourds dans une répétitivité du dispositif finalement épuisante. Bien évidemment ce sont les interstices qui font sens, dans ces silences, ces incompréhensions, cette violence verbale, ces regards qui blessent (un des plus beaux moments du film est un clin d'oeil douloureusement ignoré) que sourdent les douleurs d'une famille à vif. Cependant ce système ne peut fonctionner sur le long terme que si il y a un payoff, c'est à dire qu'à un moment on met tout à plat pour que s'exposent dans la lumière les callosités des étreintes. Or Xavier Dolan nous refuse cette délivrance, l'abcès n'est pas percé, il reste palpitant, plein de pus sans que rien ne soit guéri.

Nathalie Baye joue une mère excentrique surmaquillée, Vincent Cassel est un frère amer et brutal, Léa Seydoux une jeune soeur paumée qui fume trop d'herbe, Marion Cotillard, femme de Cassel, est une mère modèle, soumise et maladroite. Logiquement et cruellement elle sera celle qui se rapprochera le plus de Louis et qui parviendra au plus près de sa sensibilité. Elle est la plus bouleversante de tous. Peut-être parce qu'elle est celle qui ne hurle pas, qui n'est pas dans un excès permanent. Au tout début du film alors que les voix se chevauchent elle et Louis partagent un long regard intense et mystérieux sur lequel Dolan insiste avec gravité comme si déjà il nous disait que c'est dans la non-appartenance biologique et familiale que quelque chose de pur peut se cristalliser entre deux personnages. 

Composé essentiellement de gros plans de visages baignée une lumière très crue ou claire obscure dans la largeur du cinémascope la mise en scène de Xavier Dolan se veut aussi écrasante que la tension électrique omniprésente qui flotte entre les êtres. Tout est extrêmement pesant à l'image de cette journée d'été caniculaire où l'orage menace sans cesse de déchirer le ciel. On retrouve également une poignée de scènes musicales chères au cinéaste qui sont ici de brefs flash-backs de la jeunesse de Louis accompagnés de chansons assez horribles et bizarrement décalées (dont une affreuse chanson de dance roumaine). Cette lourdeur finit par épuiser, par irriter les nerfs, alors quand à force de hurler et de ne pas se comprendre les personnages craquent par dépit, on craque avec eux, on pleure aussi comme des enfants témoins, terrorisés devant une violence des adultes qu'on ne saisit pas. Mais cette efficacité est presque vulgaire, superficielle. C'est là toute l'ambiguïté du cinéma de Xavier Dolan où cohabite en un même mouvement une ampleur de cinéma magnifique et, déjà, une forme de roublard roublardise un peu trop sûre de ses effets.

La seule vraie respiration que s'offre le film intervient dans ses derniers instants au détour d'un symbole poétique  (même si presque trop évident) sur le temps irrattrapable et la finitude de la vie. Louis ressortde la maison comme il y était rentré. Le spectateur, malgré ses éventuelles larmes, sort du film de la même manière.

Durée : 1h35

Date de sortie FR : 21-09-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Meyer
13 Septembre 2016 à 14h54

J'ai arrêté la lecture de cette critique au mot "irrésolvabe"

Le charcutage orthographique d'un adjectif peu académique (on écrit plutôt "insoluble") virant au néologisme involontaire discrédite complètement l prétention avouée de cette critique.
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Critique mise en ligne le 21 Mai 2016

AUTEUR
Grégory Audermatte
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