Critique de film
Kill your darlings

Un corps à peine vivant, un corps presque mort, flotte sur les eaux noires de New York. Un jeune homme nu, en larmes, maintient cette carcasse suffocante au-dessus des flots. Le sang coule sur son torse, les deux hommes se regardent. Un crime passionnel ? Un meurtre de sang froid ? Un accident définitif ? Rien ne transparait avant que de lourds barreaux ne se referment sur le jeune homme.

Si le film commence par une mort c'est pour mieux signifier une naissance. La mort est celle de cet homme dont nous ne savons encore rien ; la naissance est celle d'un groupe de jeunes gens aux talents infinis, à l'ambition dévorante. Une bande de jeunes écrivains bouffés par leur génie.

Que reste-t-il aujourd'hui de leurs colères, de leurs écorchures, de leurs envies de frapper l'asphalte de leurs talons éculés, de leurs capacité à vivre plus vite et de battre plus fort que le monde lui-même? C'est autour de ce questionnement que Kill Your Darlings aurait pu s'articuler. Que seraient ces arrachés dans notre pop world éthéré? Peut-être seraient-il les mêmes, préférant seulement les battements destructeurs de nos rocks post modernes aux notes bleues des jazzs endiablés. Peut-être leurs doigts auraient-ils courus sur les claviers blancs d'une toile sans fin. Peut être-auraient-ils... Peut-être auraient-ils...

Mais le film, s'il laisse ses ambitions grandir, n'atteint jamais la confrontation des époques (il se passe en 1944). Seuls la bande son gardera un esprit moderne couplant tv on the radio aux notes rauques des saxos malades, parfois à tord, parfois à raison. A l'instar des acteurs qui  forment une jolie bande inventive mais cherchent trop souvent le renouveau dans chacun de leurs gestes. Après un étrange et joli début, le film plonge en grande partie dans l'introspection de ses personnages à travers leurs œuvres, sur lesquelles énormément aura déjà été dit. Par les protagonistes mieux que quiconque. (Radcliffe reprend ici le rôle de Gingsberg tenu également par James Franco en 2010 dans Howl).

Et puis, les intentions changent chez les personnages comme dans l'esprit du metteur en scène. On comprend le désir de filmer l'instabilité de pareilles destinées à travers une permanente remise en question de l'écriture mais les instants finissent par s'effacer au profit d'un biopic classique - quoique non linéaire - teinté de secrets peu aboutis. Les flammes d'un tel élan créatif se dissipent et le réalisateur s'assagit. La fièvre des mots s'évapore alors avec les drogues, l'alcool et les fluides pour un film investi et passionné mais lourd d'un passé et du poids des héros à qui il voudrait ressembler.

Il y a beau temps que la vie a déserté les plumes de la beat generation, ne laissant pour postérité qu'une substance mielleuse enrobant chaque mots de fièvres chamaniques. Échappés de nombreux voyages aux travers des brèches du monde, des drogues et des femmes, dans l'alcool et l'immédiateté de leur littérature, les poètes vivent encore à travers les milliers de pages et les millions de mots.

Durée : 1h43

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : 19-03-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 01 Avril 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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