Critique de film
Kingsman : Services secrets

Imaginez un reboot de la saga James Bond par un producteur peu scrupuleux au quotient intellectuel limité qui décide de confier le premier film de cette nouvelle saga à un réalisateur de pubs hystérique avec un sérieux penchant pour la violence gratuite et la vulgarité. Dans ce nouveau James Bond autant assurer la relève en embauchant une jeune recrue qui sera entraînée et pourra dépoussiérer le mythe vieillissant de 007. Pour le méchant prenons un débile milliardaire habillé en baggy + casquette qui mange du McDo dans son palace et qui ne supporte pas la vue du sang. Avec tous ces ingrédients vous obtenez Kingsman, Services Secrets. C'est une adaptation d'un comic écrit par Mark Millar, déjà auteur de Kick-Ass adapté par le même Matthew Vaughn.

Kingsman est une organisation britannique secrète de gentlemen aux costumes sur mesure et aux manières précieuses qui combat le mal, dans l'ombre, pour l'unique bien de l'humanité. Au moment de recruter, l'un de ses membres les plus éminents Harry Hart (Colin Firth) suggère d'enroler une petite frappe aux manières opposées à celles des Kingsman dont il avait jadis connu le père. Le film s'organise donc parallèlement avec l'entraînement du jeune chien fou d'un côté et l'enquête sur le super méchant bouffeur de Big Mac de l'autre.

On pourrait s'amuser devant ce film gentiment foutraque qui s'amuse de la mythologie Bond dans une forme parodique sauf que le film n'est pas si facilement identifiable. Ce n'est pas une comédie d'action. En fait, Kingsman a les mêmes défauts que Kick-Ass. Un énorme problème de ton. Car le film se prend très au sérieux dans sa première partie avant de totalement se vautrer dans la parodie lors de la seconde. Au-delà de ça, le rapport à la violence est toujours aussi problématique chez Vaughn. La violence est ici très sérieuse, on décapite, on démembre à tours de bras (enfin tant qu'il en reste), les morts s'amoncellent mais sans recul, sans véritable second degré. Alors ça reste une violence purement théorique quasiment exempte de sang, toutefois on comprend assez mal cette débauche rageuse et brutale jamais véritablement justifiée par le regard de Vaughn. On ne sait donc pas très bien sur quel pied danser. La plan du méchant par exemple n'a strictement aucun sens et ne peut décemment être pris au sérieux. On navigue ainsi entre scènes d'action ultra violentes et brutales et humour au ras des pâquerettes. Vaughn prétend avoir voulu rendre hommage au James Bond de Roger Moore, les plus kitchs, ceux qui ont le plus mal vieilli (comme Moonraker par exemple). On retrouve par intermittence des éléments qui nous y font penser (comme ce dédale de couloirs en carton-pâte dans la base du méchant) mais ça n'est pas suffisant pour développer une véritable imagerie référencée à la OSS117.

Échec d'une espèce de post modernisme dégénéré Kingsman représente un cinéma profondément idiot qui se complaît dans une vulgarité beauf assez saisissante. C'est fascinant parce que quelque part le film propose quelque chose de profondément anti-hollywoodien dans ce grand saccage débiloïde ultra violent (même si c'est une violence cartonnesque sans sang, sans douleur). Alors parfois on se laisse prendre au jeu car Vaughn a une manière très dynamique de filmer l'action, notamment les combats avec un ingénieux système de zooms/dézooms brutaux sur les coups qui font mal. On entrevoit par ailleurs dans une scène lors du climax ce qu'aurait pu être le film, quelque chose de beaucoup plus inventif, coloré et positivement absurde, Mais on ne gardera en mémoire que la laideur de l'ensemble contrastant totalement avec ses personnages à l'élégance folle, ses fonds verts dégueulasses, sa photographie maronnasse et la bêtise générale. Un nivellement par le bas qui fait pourtant déjà éructer les geeks peu exigeants qui avaient déjà porté aux nues le pourtant affreux Kick Ass. Le seul bon film de la filmographie de Matthew Vaughn restera le très beau X Men : First Class. Mais exclu de Hollywood (il a travaillé sur plusieurs projets d'envergure après X Men [dont la suite] mais aucun ne s'est concrétisé), il semble vouloir faire le mauvais élève et se borne à tourner en ridicule de la manière la plus puérile possible l'establishment. On le voit au fond de la classe en train de tirer la langue et faire des grimaces. On s'en amuse un petit peu avant de le trouver rapidement fatigant et de l'envoyer au coin avec un bonnet d'âne.

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Durée : 2h09

Date de sortie FR : 18-02-2015
Date de sortie BE : 18-02-2015
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 18 Janvier 2015

AUTEUR
Grégory Audermatte
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