Critique de film
Kingsman : Le cercle d'or

Flashback

2014, le premier Kingsman joue la carte du « tout ce que James Bond n’est plus », remporte plus de 400 millions de billets verts à travers le monde et devient le succès surprise de l’année. Fruit d'une idée conjointe entre Matthew Vaughn et le scénariste de bande dessinée Mark Millar (auteur de Kick-Ass, porté à l'écran par le même réalisateur), Kingsman met en scène un groupe d’agents secrets so british qui opèrent sous la couverture d’un tailleur pour hommes, un concept qui s'est vu également développé sous la forme du comic-book « The Secret service ». Trois ans après le premier film, Kingsman : Le cercle d’or américanise sa formule en mettant sur la route de nos héros leur équivalent US : Statesman, une agence servie par un casting impressionnant : Channing Tatum, Halle Berry et Jeff Bridges.

Londres, 2017

Après la mort de son mentor Galahad (Colin Firth), Eggsy (Taron Egerton) est devenu un Kingsman à part entière. Un soir, son ancien rival, Charlie (Edward Holcroft), parvient à lui subtiliser de précieuses données sur l’agence londonienne et ses membres. Alors qu’Eggsy rencontre ses beaux-parents (la famille royale de Suède), les domiciles et quartiers généraux des Kingsman sont détruits par les forces du « Cercle d’or », organisation dirigée par la fantasque Poppy (Julianne Moore), n° 1 du trafic de drogue international. Aidé de Merlin (Mark Strong), Eggsy va chercher assistance auprès de l’agence Statesman dissimulée au cœur du Kentucky

Quitte ou double

Gadgets à foison, humour volontiers vulgaire, méchant haut en couleur aux desseins abracadabrantesques, références pop culture en cascade, Kingsman : Le cercle d’or reprend à la lettre la formule du premier opus. Plus, il capitalise sur des lieux, des cadrages, des répliques, des situations, des personnages. D’un côté, cette surenchère peut rendre la séance ardue pour le néophyte. Pour les autres, elle met en valeur le travail colossal d’iconisation de Matthew Vaughn sur le premier film, des acquis sur lesquels il s’appuie ici pour étendre son univers. Par exemple, le réalisateur propose une relecture intéressante de la fameuse scène du pub du premier film : rejouant une partition que le spectateur identifie immédiatement, Matthew Vaughn en modifie quelques ingrédients afin de révéler les changements survenus chez certains personnages connus ou encore installer de nouveaux venus.

Pan, t’es mort !

Tout comme Kick-ass (2010) du même Matthew Vaughn et adapté lui aussi d’un comic-book signé Mark Millar, Kingsman premier du nom recourt ad nauseam à une violence exacerbée. Avec en point d’orgue son massacre ahurissant dans une église, les innombrables coups et blessures y sont mis en scène de manière très graphique, tout en restant « propres », dénués d’effet sanguinolent, permettant aux héros de s’adonner à la barbarie sans tacher leurs costumes sur mesure. Ce qui est bien pratique pour eux a également le don de hérisser le poil de certains spectateurs. Kingsman : Le cercle d’or renouvelle hélas cet écueil, même si Matthew Vaughn met la pédale douce sur ce qui semble bien être son péché mignon. Par contre, et pour notre plus grand bonheur, le réalisateur redouble d’invention visuelle pour les transitions entre séquences, et reprend le style de prises de vue adopté pour filmer l’action : longs plans-séquences truffés d’effets spéciaux et agrémentés de ralentis ou de mouvements circulaires, qui apportent une grande lisibilité à des affrontements tous plus complexes les uns que les autres, souvent alternés avec un contrepoint comique bienvenu.

Contradictoire

Dans Kingsman : Le cercle d’or, le but de la méchante de service est d’accéder à la notoriété publique qu’elle pense mériter en tant que chef d’entreprise à succès. De son côté, le président des Etats-Unis est un carriériste inhumain à la solde du Pentagone. Si le film se permet ainsi quelques irrévérences et une critique gentillette de la société de consommation, il est aussi étrangement conservateur. Jugez plutôt : les Kingsmen portent leur bonne éducation en étendard comme en atteste leur fameux credo manners maketh man (les manières font l’homme). De plus, la fidélité d’Eggsy envers sa compagne est l’élément clé choisi par les scénaristes pour provoquer l’empathie du spectateur à son égard (on est loin de James Bond). Enfin, le film déculpabilise un usage récréatif des drogues tout en faisant succomber in extremis un personnage d’overdose. Via ces deux tons a priori contraires et son héros dans la vingtaine, Kingsman : Le cercle d’or cristallise un dilemme de la jeunesse actuelle : à la fois critique de la société en place et tentée par le repli sur des valeurs traditionnelles. Un pur produit de son temps.

En bref…

Réalisé avec soin et inventivité, Kingsman : Le cercle d’or ressert exactement la même recette que son prédécesseur. Longuet, parfois gras et se vautrant volontiers dans une violence inadaptée au spectacle familial qu’il ambitionne d’être, le film souffre également des mêmes scories. Si on peut y déceler quelque double lecture sur notre époque, les intentions de l’équipe derrière ce Kingsman 2 sont limpides. Dorénavant, les passages obligés d’une formule déclinable à l’infini sont gravés dans le marbre, et la possibilité d’un spin-off Statesman est une évidence. Combien de films et produits dérivés faudra-t-il à la franchise Kingsman pour perdre tout son sel ?

Durée : 2h21

Date de sortie FR : 11-10-2017
Date de sortie BE : 28-09-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 25 Septembre 2017

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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