Critique de film
Kung Fu Panda 3

Dans la lutte effrénée que se livrent les films d’animation pour attirer les enfants dans les salles de cinéma, deux mastodontes s’affrontent en cette période pascale. Zootopie, 55e long des studios Disney mis en scène par Byron Howard, le père de Raiponce et de l’autre côté la suite de la franchise Kung Fu Panda, troisième volet, toujours chez Dreamworks et à nouveau réalisé par Jennifer Yuh (déjà aux manettes du précédent).

Les deux films affichent des qualités différentes même s’ils pratiquent la recette classique de l’anthropomorphisme. Au réalisme de Disney et à sa collection d’animaux bigarrés dans Zootopie, Dreamworks continue d’affectionner les traits plus ronds et plus enfantins du Panda Po, le guerrier dragon qui ne cesse de perfectionner son art malgré lui et sa caboche un peu creuse. Dans le second opus, il avait affronté son passé et réglé son oedipe en se vengeant du paon tueur sanguinaire. Cette fois-ci c’est le père originel qu’il retrouve, avant d’en découdre avec le terrible empereur Kai flanqué sous les traits d’un gros buffle revenu d’entre les morts pour s'emparer de l'énergie des maîtres des arts martiaux.

Si le scénario du film continue de ne ménager que peu de surprises comme c’était déjà le cas pour l’épisode 2, force est de constater que la scénographie est toujours aussi réussie. Ce n’est peut-être pas un hasard de retrouver Guillermo Del Toro comme producteur exécutif sur le projet. La surprise vient davantage d’Oriental Dreamworks, un studio situé à Shangaï et qui s’est chargé de la réalisation de près d’un tiers du film. Dreamworks investit donc dans le savoir-faire asiatique au moment où les studios Ghibli mettent la clé sous le paillasson. Tiens, tiens...

Pour les scènes qui usent du flashback, les personnages sont délicieusement peints à l'encre de chine et en 2D (comme dans le conte de la princesse kaguya, technique déjà à l'épreuve des épisodes précédents) ce qui contraste gracieusement avec l’animation 3D. De plus, de longues séquences graphiques du dessin animé sont essentiellement en aplats de couleurs vives, Po part se battre dans le monde des esprits, les dagues en jade de Kai fendent alors un univers sans pesanteur où Po vole d’un bloc de pierre à un autre cherchant tant bien que mal à maîtriser le chi, technique ancestrale naguère apanage des pandas. Si l’épisode 2 lorgnait sur des classiques tels que Tigres et Dragons ou Le Secret des Poignards Volants, nous sommes ici confrontés à une matrice graphique somptueuse aux couleurs vives qui invente un monde désincarné, presque uniquement construit sur l’harmonie des tonalités.

Le plus étonnant dans cette affaire, c’est de se voir soudainement saisi par l’émotion. Certes les dialogues efficaces nous font rire comme la célèbre réplique « tu jacasses, tu jacasses, tu jacasses » assénée par Po, ou ce running gag du méchant que personne ne connaît, de l’oie villageoise au maître tortue. Mais d’imaginer que l’on puisse en un instant avoir la gorge serrée et les larmes aux yeux c’est une surprise à laquelle on ne s’attendait pas. Ces petits roublards de Dreamworks savent y faire ! Nul doute.

Après c’est toujours le même souci. La franchise qui vient d’annoncer qu’elle s’étendrait sur 6 épisodes risque de patiner sévère pour renouveler son scénario. La quête de l’identité qui jalonne ce volet 3 manque cruellement d’originalité, elle était déjà en filigranes des autres épisodes. Dreamworks qui a fait de la franchise son fond de commerce (Shrek, Madagascar, Dragon) pense sans doute que les enfants n’ont pas de mémoire.

Réalisateur : Jennifer Yuh

Acteurs : (Indisponible)

Durée : 1h35

Date de sortie FR : 30-03-2016
Date de sortie BE : 23-03-2016
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Critique mise en ligne le 03 Avril 2016

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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