Critique de film
L'Amant double

François Ozon veut nous faire croire qu’il s’intéresse au désir féminin, parce que les femmes sont, la plupart du temps, les héroïnes de ses films. Auréolé d’un succès critique et populaire il a ce confort enviable, il est vrai, de pouvoir réaliser au rythme soutenu d’un film par an, sa dernière lubie, son nouveau fantasme. Et puisqu’il aime se lancer des défis il s’attaque à tous les genres. À ce jeu il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il filme 8 Femmes s’étripant en chansons dans un remake en huis clos de George Cukor, dont il a conservé le contexte originel des années 50. Les actrices, ce gynécée fameux, se plièrent joyeusement à l’exercice du vaudeville vénéneux.

Avec cette libre adaptation du roman Lives of the Twins de Joyce Carol Oates, il s’empare d’un genre qu’il affectionne, le thriller psychologique, grâce auquel il a la possibilité de brouiller les pistes à loisir, se jouant des faux-semblants dans un délire infini d’interprétations puisque son thème est la gémellité monstrueuse en analyse. Donc difficile de faire plus sophistiqué. Et pourtant en interview, pour ne pas spoiler bien entendu, il répondra qu’il s’intéresse à ce qui demeure inconnu au sein d’un couple. Cette réponse aussi allusive que vaste, n’est jamais ce que l’on perçoit du film.

C’est dommage car cette histoire de jumeaux cannibales est intéressante. On ne s’en remet jamais assez au corps et à la biologie pour éluder des symptômes irrationnels. Chloé (Marine Vacth) n’est pas heureuse dans l’existence car elle a mal au ventre. Née d’un père inconnu elle imaginait enfant qu’elle avait une soeur. Pour des raisons qu’elle ignore, elle culpabilise et le déficit d’amour maternel a fini par la rendre frigide. Voilà peu ou prou la situation telle qu’elle  est exposée, dans le cabinet du psychanalyste Paul Meyer, interprété par Jérémie Rénier, qui va devenir son amant bienveillant.

François Ozon a trouvé son double en la personne de Marine Vacth. Actrice ultra émotive, elle sait intuitivement s’engager physiquement. Du moins le fait-elle avec François Ozon qui a progressivement opéré sa mue. Jeune et jolie, elle était une adolescente sans histoire au lycée Henri IV, qui avait néanmoins choisi la prostitution pour s’affranchir et s’épanouir sexuellement (dans une posture le plus souvent masochiste), gagnant son argent et en était assez fière. Pas de problème. À présent elle est un bel androgyne, qui se fait couper les cheveux courts comme un garçon, dans la séquence inaugurale qui annonce la couleur. Il est vrai qu’on perçoit cette ambiguïté sexuelle chère au cinéaste. Un buste d’adolescente qui ne serait pas complètement formée, sur des hanches pleines et galbées auxquelles il arnache un gode ceinture, car son fantasme est de baiser son mec.

Le reste du temps, Chloé qui est donc dominatrice dans son couple selon François Ozon, a une sexualité globalement sadomasochiste, avec son double monstrueux. Elle se fait prendre de force, frapper, insulter par un homme hyper phallique, qui d’emblée l’informe qu’il va la maltraiter pour son bien et que ça va lui coûter très cher. Ainsi elle est doublement satisfaite car elle en redemande ou fantasme-t-elle toutes ces pratiques, puisqu’au fond c’est son désir refoulé dont il est question. Ce que semble nous confirmer le twist final, venant résoudre une série de surenchères grotesques, car malheureusement l’esthétique assez laide de la mise en scène est plus proche de la série Nip/Tuck, que de ses présumés modèles de cinéma. D’où la présence hallucinée de Jacqueline Bisset en marâtre inquisitrice au dernier tiers du film.

Partant de ce phénomène génétique d’excentricité absorbée, qui aurait mérité un traitement plus approfondi, Francois Ozon raconte l’histoire d’un personnage dont la culpabilité frôlant la psychose, le condamne à s’épanouir sexuellement dans la violence. Est-ce vraiment du désir féminin dont il est question ?

Barbara Alotto

Durée : 1h47

Date de sortie FR : 31-05-2017
Date de sortie BE : 31-05-2017
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Critique mise en ligne le 30 Mai 2017

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