Critique de film
L'amour est un crime parfait

Marc (Mathieu Amalric), la quarantaine bien tassée, est professeur de littérature dans une université design et ultra-moderne. Séducteur, il n'hésite pas à franchir la ligne rouge et à coucher avec ses étudiantes. Il vit avec sa sœur (Karin Viard) dans un chalet au cœur de la montagne. Sauf que l'étudiante qu'il a ramené chez lui hier soir est morte au réveil. Il continue sa vie comme si rien ne s'était passé, l'étudiante étant simplement considérée comme disparue. Bientôt une nouvelle étudiante lui fait du rentre dedans (Sara Forestier), la belle-mère de la victime (Maïwenn) le rencontre et semble fascinée par sa personne  et sa sœur, qui entretient avec lui une relation trouble, lui reproche ses aventures.

Voilà comment on peut résumer le dernier film des frères Larrieu qui, tout en étant dans la droite lignée thématique de leurs précédents films, investit, chose nouvelle, le thriller. On retrouve leur goût pour ces récits sexualisés où les enjeux du personnage principal se situent dans les corps des femmes qu'il rencontre. Cette paillardise intellectuelle, qui est un des fondements de leur cinéma, se retrouve tout à fait ici où l'homme mûr, au passé trouble, célibataire vivant une relation quasi incestueuse avec sa sœur va s'épanouir en même temps qu'il se détruit dans ses rencontres du corps éphémères mais fondamentales.


Tourné dans l'architecture incroyable du Rolex Learning Center à Lausanne, le film a une ambiance très particulière. Très épuré, tout en espace vide, en fenêtre immenses, en salles de classe sophistiquées et sobres, on a presque le sentiment d'un espace mental créé par le personnage. Plus de mur, plus de toit, un perspective filante, un sol étrangement dénivelé. Associée aux magnifiques décors montagneux, l'ambiance est très singulière. Glacée mais furieusement attirante en même temps. Ambivalente comme les femmes que Marc rencontre et qui chacune à leur manière le font se découvrir réellement tout en le détruisant à petit feu.

Mais tout cela ne semble créer que du vide. Handicapé par des prestations d'acteurs très particulières où leur texte semble récité plutôt que joué (à part Denis Podalydès qui apporte une petite touche de légèreté salutaire) et un rythme inexistant, le film sombre rapidement dans une léthargie mortifère dont il ne parviendra jamais à sortir. C'est sans doute cohérent avec le projet du film et de la trajectoire de ce personnage qui se consume peu à peu dans le mensonge et la folie. Cependant du point de vue du spectateur c'est uniquement l'ennui qui prédomine.

D'autant plus qu'on a la désagréable sensation d'assister au délire verbeux et prétentieux de deux hommes libidineux hantés par le démon de midi. On ne comprend pas très bien le rôle réservé aux femmes dans ce film. Toutes à leur manière sont des femmes fatales vulgaires et sans âmes, mantes religieuses nymphomanes et délétères face à un homme qui les attire toutes mystérieusement, presque contre son gré, réduit à un rôle de victime, lui qui n'est que coupable.

Alors malgré cette belle mise en scène dans ces décors sublimes, malgré cette magnifique photographie glacée, malgré l'excellente bande originale, ne reste que le spectacle d'un personnage principal détestable dont on aurait aimé l'arrestation dès la 5ème minute, ce qui nous aurait évité ce pseudo thriller érotique ringard et mortellement ennuyeux.


 
Durée : 1h51

Date de sortie FR : 15-01-2014
Date de sortie BE : 22-01-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 15 Décembre 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
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