Critique de film
L'Attentat

Un brillant chirurgien d’origine palestinienne mais vivant et exerçant à Tel-Aviv, Amine, va voir sa vie sombrer brutalement dans l’horreur quand un terrible attentat suicide est perpétré dans la ville et qu’on lui apprend que sa femme, également d’origine palestinienne, en est l’auteure. Comment faire face ? Comment survivre à un tel bouleversement ? Comment continuer à vivre quand l’être que l’on a le plus aimé au monde s’est soudain transformé en un monstre ayant emporté dans sa folie meurtrière 17 victimes dont 11 enfants ? Ce sont les questions que pose le film de Ziad Doueiri adapté du roman multiprimé de Yasmina Khadra.

Sans avoir lu le roman original on comprend aisément devant le film le succès qui a été le sien. En effet il développe plusieurs facettes avec d’un côté un film politique et social sur les relations tendues et complexes entre Israël et la Palestine et de l’autre un thriller sombre et mystérieux.  Il parvient à enrober ce regard sans complaisance sur la frustration palestinienne qui explose littéralement en attentats-suicide dans une forme d’enquête quasi policière. Car Amine dans le bouillonnement de l’horreur qui lui tombe dessus va essayer de comprendre. C’est même le seul moyen qu’il a pour survivre. Soit comprendre, soit se lamenter jusqu’à la fin de ses jours devant cette terrible injustice (pour lui et pour les victimes). Il repartira en Palestine y chercher les réponses qui lui font si terriblement défauts.

Plus le film avance et plus Amine devient l'enquêteur à qui on veut tout cacher, qui essaie de comprendre le parcours idéologique de sa femme mais qui ne fait que se heurter à un mur en face de lui. Plus il cherche, plus les réponses semblent se dérober. On ne cesse de lui conseiller de laisser tomber, de ne pas chercher à en savoir plus. Lui, regardé en Palestine presque comme un traître car vivant chez l’ennemi, et regardé comme le mari d’une terroriste en Israël est perdu. Il doit en plus d’essayer de comprendre, se mettre en paix avec son identité culturelle, avec ses origines et, tiraillé comme il est des deux côtés, cela semble tout simplement impossible.

Les  flash-backs n’aident pas particulièrement à nous rendre palpable le drame à venir qui se joue dans le couple, visiblement heureux. Amine ne cesse de repenser à sa femme, à leur rencontre, à leurs épanouissements mutuels mais ces images ne lui délivrent pas la clef, ne lui ouvrent pas les portes de la compréhension. Elles ne lui donnent pas les armes pour se reconstruire et faire son deuil dans une douleur apaisée.  

On peut regretter alors le manque patent d’émotions qui traversent le film. On comprend très rapidement le projet du film mais malheureusement on a parfois le sentiment que ce projet reste en friche. Qu’on ne l’approfondit pas totalement, que, à l’image d’Amine et de son enquête, on reste à la surface des choses sans avoir les outils nécessaires pour comprendre tous les enjeux qui sont à l’œuvre ici. C’est sans doute également le cas du cinéaste, on ne peut pas expliquer un tel geste, une telle violence. Mais le fait est qu’à l’issue de la projection il reste une sensation de frustration. Frustration sans doute car trop occupé par son récit riche et complexe et les enjeux sociaux qui en dépendent les auteurs ont un peu oublié l’humain, l’individu. C’est regrettable.  

Cependant cela reste une œuvre courageuse et sans doute nécessaire, ne serait-ce que pour nous parler de cette communauté d’israelien-palestinien dont on ne parle jamais. Le film a d’ailleurs été interdit au Liban pays d’origine du cinéaste. Car il est très mal vu pour un arabe de travailler avec les israéliens, de se mélanger avec eux, c’est même illégal dans certains pays. D’après Ziad Doueiri les censeurs n’ont même pas vu le film. Ce qui prouve si besoin était de l’utilité d’un tel film qui ose regarder en face une situation à la complexité infinie dont les populations sont des victimes collatérales depuis beaucoup trop longtemps.

Durée : 1h45

Date de sortie FR : 29-05-2013
Date de sortie BE : 05-06-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 28 Mai 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
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