Critique de film
L'enfant d'en haut

Ca commence comme le Gamin au vélo des Dardenne et l’on craint le pire. La caméra à l’épaule, épileptique et saccadée, suit les activités de Simon. Le gamin, Simon (Kacey Mottet Klein) vole les vacanciers dans une station de ski. On le suit dans ses activités interlopes et neigeuses. Simon vole en haut dans les stations pour survivre en bas dans l’appartement moche et rabougri qu’il partage avec sa sœur, Louise (Léa Seydoux). Il revend les skis après les avoirs fartés. Il distribue les casques et lunettes, tel un Arsène Lupin en culottes courtes.

Si le dernier Dardenne pratiquait un montage magistral, on se perd un peu durant les premiers plans. Puis, petit à petit, le réalisme social, cher aux cinéastes belges, laisse la place à un conte social, parfois touffu, parfois lent, mais enthousiasmant. Les saccades de la caméra s’atténuent et l’on est rassuré ! Un vrai travail de fluidité apparaît et permet d’affirmer le style Meier. Dans son précédent film, Home, cette fluidité emportait le spectateur dans un spectacle intelligent et agréable. Dans l’enfant d’en haut, le propos est plus rude et dérangeant, mais il n’est jamais brutal, tant Meier, en bonne mère rassurante, utilise sa caméra avec une aisance indéniable.

On accepte les conventions, une relative naïveté et les métaphores parfois superficielles de conte alpestre. Soit Simon qui vit entre deux mondes, celui d’en haut, rutilant et friqué, et celui d’en bas, morne et gris. Louise, elle, passe d’un mec à l’autre et d’un job à des périodes d’inaction agréable… On comprend vite que Simon veille sur sa grande sœur comme un père sur sa famille. On en saura plus au cours de l’histoire, mais le passeur s’interdit toute divulgation, sur cette fratrie bancale.

La mise en scène exclut tout plan large sur les pistes enneigées. La beauté des paysages n’est jamais captée. En bas, les plans sur la tour, qui héberge nos deux héros, sont nombreux et insistent sur sa verticalité, tel un phare dans une mer de souffrance sociale.

On passera sur la bande-son anémique de John Parish et sur l’éclairage parfois anonyme pour nous concentrer sur le duo d’acteurs. L’enfant d’en haut sort du lot des productions d’auteur par le jeu appliqué du jeune Kacey Mottet Klein et par une nouvelle performance de Léa Seydoux. Le premier matérialise l’absence de cadre parental et de limites par une hyperactivité motrice impressionnante. Simon bouge, se démène, sourit, pleure, crie, gueule parce qu’on ne lui a jamais dit qu’il devait se calmer. Capable de susciter la pitié comme l’agacement, Kacey Mottet Klein démontre ici un vrai talent tantôt brut, tantôt subtil.

Léa Seydoux est à nouveau extraordinaire. On pense entre autres à Sandrine Bonnaire dans Sans toit ni loi d’Agnès Varda. La tristesse apparente de Louise traduit une immaturité douloureuse. Sa dégaine est fascinante, son visage défait et souffrant. Tout traduit une construction et une compréhension de son personnage assez impressionnantes. D’autant plus que, et on l’a appris de la bouche d’Ursula Meier, Léa Seydoux devait parfois faire des allers-retours avec le Canada pour clôturer le tournage de Mission Impossible… Après sa récente performance dans Les Adieux à la Reine, l’année 2012 sera l’année Léa Seydoux ! Et comme souvent, l’omniprésence talentueuse des deux premiers rôles empêche l’élaboration de seconds rôles, malheureusement peu esquissés. Gillian X-Files Anderson est même un peu gênante en bourgeoise anglaise empruntée et froide. On aurait également aimé d’approfondir le rôle de Yann Tregouët, petit copain de Louise, qui disparaît trop vite.

Le film d’Ursula Meier n’est pas exempt de maladresses, mais il peut compter sur le talent de deux comédiens d’exception pour faire vivre un conte moderne et attachant.

Durée : 1h40

Date de sortie FR : 25-03-2012
Date de sortie BE : 25-04-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 12 Août 2012

AUTEUR
Daniel Rezzo
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