Critique de film
L'homme aux poings de fer

« Pour forger une arme il faut trois choses : le bon métal, une température d’au moins 1400 degrés et quelqu’un avec un désir de tuer. Ici à Jungle village, nous avons les trois. »

Ce sont sur ces belles paroles, empreintes de poésie et de philosophie West Coast, que s’ouvre le premier film de Robert Fitzgerald Diggs  alias RZA, chef d’orchestre du célèbre collectif de hip hop US, Wu-Tang Clan.

Hommage aux films de kung-fu et de chevalerie chinoise (wu-xia pian) des années 70, produits par la Shaw Brothers, L’homme aux poings de fer  (The man with the iron fists) débarque aujourd’hui en salle accompagné du prestigieux label Tarantino.

S’inscrivant dans le sillage vintage du diptyque « grindhouse » Death Proof/Planet Terror, pastiche des doubles programmes de drive-in, L’homme aux poings de fer  a d’abord vu le jour en 2010 sous la forme d’une bande annonce : Wu Tang vs Golden Phoenix, produite par Eli Roth (Hostel I et II). A l’instar de Roberto Rodriguez et de son Machete de sinistre mémoire, RZA s’est vu confier la somme rondelette de 15 millions de dollars pour transformer l’essai.

Pur projet de fanboy, le film peine cependant à dépasser les attentes de sa bande démo. Le scénario, guère plus évolué que sa bande annonce, cumule les pires poncifs du genre sans chercher à les transcender.

RZA y  interprète un forgeron black taciturne, dans un village paumé de Chine, forcé de prendre les armes pour venger son honneur et celui de sa dulcinée, une fille de petite vertu. Epaulé dans son périple par un Russell Crowe arborant la bedaine et le jeu de Steven Seagal, il devra affronter tour à tour une ancienne gloire du catch (Dave Bautista), et les moulinets dans le vide de celui qui fut un temps l’interprète de Ryu dans Street Fighter, Byron Mann.

Un peu comme Wesley Snipes (Blade II) ou Michael Jai White (Undisputed II), RZA se rêve en star de cinéma d’action. Pas de bol, le bonhomme possède le charisme d’une huître, et des compétences  martiales assez discutables. Plus doué un micro à la main ou derrière une console de mixage, Robert Fitzgerald Diggs, ne possède également pas la plume de son mentor Tarantino. Là où le petit génie de Knoxville ne s’arrête jamais aux portes du temple et offre à ses personnages une seconde chance d’accéder à nouveau au rang d’icône de cinéma, RZA leur dénie un statut autre que celui d’ersatz de série B. Si on se réjouit de revoir Gordon Liu (Kill Bill) ou Pam Grier (Jackie Brown), on aimerait les voir ailleurs que dans des rôles de faire valoir de second plan, juste bon à titiller la fibre nostalgique des fans de cinoche d’exploitation. Lucy Liu, rescapée du volume 1 de Kill Bill nous rejoue, quant à elle, son rôle de maîtresse dominatrice tandis que Russell Crowe a bien du mal à prendre au sérieux son rôle de pistolero adepte du tantrisme. Bref, rien de bien nouveau au pays du soleil levant.

Moins fauché que certaines précédentes productions estampillées Tarantino (le désolant Hell Ride de Larry Bishop), L’homme aux poings de fer  bénéficie d’un tournage en Chine et du savoir-faire de Corey Yuen, chorégraphe de renom ayant officié sur le chef d’œuvre de John Woo, Les Trois Royaumes.

Sans se hisser au  niveau de maîtrise de ses modèles et malgré un montage parfois illisible, les scènes de combats restent cependant mille fois plus jouissives que celles du pétard mouillé The Raid de Gareth Evans. Quelques séquences surnagent de l’ensemble, comme  cette scène de confrontation finale entre un clan d’amazones et le catcheur Dave Bautista, mais le tout reste bercé par la voix monocorde et somnolente de son interprète principal. Même la bande originale, autrefois garde chassée de RZA déçoit. On est loin de ces précédents travaux sur Ghost Dog et Kill Bill.

Dans près d’une semaine sort en salle Django Unchained de Quentin Tarantino, relecture du classique de Sergio Corbucci à la sauce blaxploitation. Si comme nous, vous préférez le cinéma singulier du papa de Pulp Fiction et de Reservoir Dogs à celui des petits malins qui lui ont emboité le pas, vous savez donc ce qu’il vous reste à faire.

D’ici là, vous pouvez vous replonger dans l’âge d’or du cinéma de la Shaw Brothers, grâce aux dvds, édités chez Wild Side et CTV.

Manuel Haas

Durée : 1h36

Date de sortie FR : 02-01-2013
Date de sortie BE : 02-01-2013
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Critique mise en ligne le 05 Janvier 2013

AUTEUR
Manuel Haas
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