Critique de film
L'interview qui tue

Après avoir subi les foudres du chef suprême nord-coréen, The Interview se retrouve aujourd’hui éreinté par la critique américaine avec la même ferveur que le régime de Pyongyang. Le combat pour la liberté d’expression s’est définitivement envolé avec l’annonce de la bonne santé financière de l’exploitation VOD du film sur le territoire américain. Pour le magazine Variety la messe est dite : « la Corée du Nord a eu raison d’objecter : la farce sur l'assassinat de Kim Jong-un est une attaque terroriste en règle... contre le genre comique ».

Entre blagues scatologiques et vannes référentielles, The Interview serait indigne de l'agitation médiatique menée autour des menaces terroristes qui ont planées au moment de sa sortie. La liberté d’expression ramenée à une banale affaire de goût pour ayatollah du 7éme art.

Rire ou mourir

Loin d'être un chef-d’œuvre, le film de Seth Rogen et de son fidèle comparse Evan Goldberg opère pourtant comme une mise en abyme troublante d'une réalité où le rire résonne comme une arme de destruction massive. De l'ultimatum lancé par les pirates nord-coréen aux déclarations du studio Sony et du président Obama, l'interview fictive de Kim Jong-un aura connu des répercussions aussi ubuesques dans le monde réel que dans le celui de la fiction. En s'invitant à la table des négociations, nos deux envoyés spéciaux en Corée du nord auront eu au moins le mérite de mettre en lumière la bêtise du monde moderne.

Si The Interview ne saurait être à la hauteur des événements qu'il a engendrés et fait preuve d'une certaine fainéantise dans certains de ses ressorts comiques, le film se révèle assez jouissif et décomplexé dans sa vision du leader nord-coréen. En choisissant de dépeindre Kim Jong-un à l'image des nombreux geeks immatures qui hantent la filmographie de Seth Rogen, le film déconstruit la mythologie qui entoure le personnage pour mieux mettre en perspective les contradictions de notre humanisme. Rogen et Goldberg renvoient dos à dos l'interventionnisme américain et les délires de domination du monde du jeune dictateur. A ce titre la séquence dite d'interview, en forme de duel télévisé interplanétaire restera comme le sommet d'un film plus politique qu'il n'en a l'air.

Dans le rôle du dictateur amateur de cigares et fan énamouré de Katy Perry, Randall Park se taille une place de choix et ferait presque oublier les mimiques simiesques de son partenaire James Franco, qui depuis son passage sur la Planète des singes semble vouloir limiter son jeu à des grimaces d'orang-outan.

Retour à la case départ

Après cette parenthèse enchantée le film retourne malheureusement sur les rails d'un spectacle hollywoodien plus convenu où la pyrotechnie sert de cache misère au manque de rigueur d'écriture du duo derrière Délire Express et The Green Hornet. Objet hybride et fascinant à plus d'un titre, parsemé de fulgurances gores réjouissantes, The Interview reste cependant bien plus recommandable que le fainéant C’est la fin sorti l’année dernière.

La route est encore longue pour atteindre à nouveau l’excellence d’un Supergrave, mais en chemin The Interview nous aura procuré suffisamment de fous rires pour ne pas attendre avec une certaine impatience la prochaine création de Seth Rogen et Evan Goldberg, l’énigmatique Consol Wars.

Allez les gars, continuez à redresser la barre, la prochaine sera la bonne.

Durée : 01h52

Date de sortie FR : 28-01-2015
Date de sortie BE : 28-01-2015
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 26 Janvier 2015

AUTEUR
Manuel Haas
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Biberonnée au cinéma populaire, ma cinéphilie ne connaît pas de frontières et se ...
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