Critique de film
L'ivresse de l'argent

Im Sang-soo a décidé de faire une suite au déjà très pénible The Housemaid. On retrouve Madame Baek (Youn Yuh-Jung) la riche héritière d’un empire coréen colossal. C’est une nouvelle fois une histoire de fesses qui fait vaciller l’empire. A l’appui d’un scénario digne d’une franchise d’AB production et de dialogues tout droit sortis d’un épisode des Feux de l’amour, Im Sang-Soo retrouve le prétexte à une nouvelle démonstration de mise en scène baroque où chaque plan est dessiné dans la démesure.

On suit la trajectoire d’un secrétaire privé dans un univers qui ne lui appartient pas (comme c’était déjà le cas pour The Housemaid) mais dont il détient pourtant la clé. L’écueil évident du scénario c’est justement ce personnage de serviteur joué par Kim Kang-Woo qui n’a aucune profondeur et semble subir les événements sans jamais opposer de résistance ou de réflexion.
 
 
L’intrigue sexuo-financière est complètement anecdotique et la critique des hautes sphères coréennes aussitôt épuisée qu’elle est prononcée. L’argent domine les relations humaines et fait de ses serviteurs des drogués. Le père de famille a une aventure avec la bonne philippine de ses petits enfants qui lui donne des velléités de départ. Sa femme se jette alors sur  le secrétaire privé qui n’oppose aucune résistance alors qu’il apparaît pourtant totalement asexué (selon Im Sang-Soo, le désir sexuel est en corrélation avec le pouvoir financier). Il accomplit toutes les sales besognes avec la même énergie de révolte, inexistante.
 
Autour de lui tout le monde est pourtant en rut, la prostituée laissée sur le carreau dans la demeure majestueuse lui propose une passe à l’œil, la mère lui ordonne une gâterie, la fille brûle d’envie de lui dévorer l’entre-jambes, les spectatrices de lui presser les pectoraux, le père de se faire chevaucher par la nounou, le fils et l’industriel américain de s’envoyer des masseuses et des filles de joie, le grand-père la prof de natation.
 
Pour masquer la vacuité du propos et son manque total de rebondissement, Im Sang-Soo multiplie les mouvements de caméra, étend les profondeurs et les distances, crée des cadres symétriques, impose des décors froids et glacés. S’il maîtrise la géographie d’intérieur (il excelle à rendre la demeure démesurée) avec un souci du détail dans la composition de l’image extrêmement fascinant pour l’œil, il n’a aucun talent pour filmer les extérieurs et notamment les trajets en voiture.
 
 
C’est exactement comme pour The Housemaid dont il semble d’ailleurs être la copie fidèle, on s’ennuie devant ce spectacle érotico-esthétique. Ca en est tellement désincarné que ça en deviendrait presque laid. Même les corps semblent répondre à cette logique maniaque de la splendeur froide, ils sont tous plus beaux les uns que les autres mais ils laissent pourtant l’œil insensible.
 
On ne s’en désintéresse pourtant jamais totalement notamment en raison de son autodérision et son humour, attendant patiemment un sursaut, une brèche dans la mécanique huilée de la démonstration visuelle mais la pauvreté des dialogues, véritablement sidérante, à ce niveau d’exigence rend le film complètement désuet, rattaché à une époque (dans les années 90) où le thriller asiatique redoublait d’ingéniosité formelle persuadé, à tort ou à raison, que les images étaient le seul langage auquel se référer pour construire un film et en comprendre le sens.
 
C’est donc un double retour en arrière qu’on fait en regardant L'ivresse de l'argent, on a premièrement l’impression de revoir The Housemaid avec Kim Kang-Woo dans le rôle de la servante et de revivre l’explosion visuelle ébouriffante auquel nous a habitué le cinéma coréen. Passé la surprise de cette émotion esthétique, on aimerait que l’histoire soit à la hauteur de son expression, celle-ci étant devenu au fil des années, totalement anecdotique si elle n’est pas soutenue par une histoire un peu plus contemporaine que la lutte des classes qui se termine soit dans un bain de sang ou soit par une immolation (The Housemaid).

 

 

Durée : 1h54

Date de sortie FR : 23-01-2013
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :

Pituland
23 Janvier 2013 à 17h20

Complètement d'accord avec le passeur. Je me suis même endormi pendant the Housemaid, c'est dire. J'ai du mal à comprendre sa sélection pour Cannes alors qu'il y a tellement d'autres talents en Corée du Sud.

Pituland
23 Janvier 2013 à 16h17

Complètement d'accord avec le passeur. Je me suis même endormi pendant the Housemaid, c'est dire. J'ai du mal à comprendre sa sélection pour Cannes alors qu'il y a tellement d'autres talents en Corée du Sud.
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 04 Janvier 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
[974] articles publiés

Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES