Critique de film
La Communauté

Souvenirs

Auréolé d’un prix d’interprétation pour la comédienne Trine Dyrholm à la dernière berlinale, La Communauté devait à l’origine être tourné par Thomas Vinterberg juste après La Chasse, son retour en grâce de 2012. Après un détour par la case « film de commande » (Loin de la foule déchaînée (2015)), le réalisateur danois et son co-scénariste Tobias Lindholm (déjà complices sur Submarino (2010) et La Chasse) s’inspirent des propres souvenirs de l’auteur de Festen (1998) pour signer la chronique douce-amère d’une poignée de post-hippies tentés par l’aventure communautaire. On y retrouve deux des habitués du petit univers de Thomas Vinterberg, Trine Dyrholm donc, mais aussi Ulrich Thomsen, familiers du cinéma de Susanne Bier (Revenge (2010)).

Le pitch

Danemark, au début des années 70. Le couple équilibré formé par Anna et Erik, la quarantaine bien sonnée, élèvent Freja, 14 ans, dans un quotidien ronronnant. Lors d’une journée d’été ensoleillée, entre promenades et câlins, Anna incite Erik à s’installer dans l’immense demeure familiale dont il vient d’hériter. Pour pallier aux frais communs et surtout chasser une monotonie rampante, Anna incite Erik à ouvrir leurs portes à d’autres locataires. Très vite, la maison d’enfance d’Erik se remplit de six personnalités issues de cercles amicaux plus ou moins lointains. Un mode de vie qui va peser différemment sur les trois membres du ménage originel.

Trompeur

Dans La Communauté, point de fermes collectives telles qu’on en aperçoit dans Easy Rider (1969) ou dans le Together (2000) du suédois Lukas Moodysson, pour citer un film plus proche dans le temps et l’espace. Peu intéressé par une voie alternative de consommer ou d’aimer, Thomas Vinterberg met en scène tout au plus quelques discussions concernant une facture de bière anormalement élevée.  Rapidement, un titre plus seyant vient à l’esprit: la colocation. Après la décision d’ouvrir la maison, une scène de «casting» installe le spectateur dans des rails familiers: plusieurs personnages forment un ensemble dépareillé, ils vivront des moments d’allégresse avant d’inévitables prises-de-becs. Mais dès les premières minutes, le moteur peine à démarrer. Déjà-vu à maintes reprises, ce dispositif de «casting» devrait faire mouche à chaque nouveau locataire. Hors, la scène tombe légèrement à plat, aussi pauvre en gags qu’inopérante à caractériser des personnages secondaires (un buveur de bière pyromane, une sympathique fille facile, un type qui pleure tout le temps - Fin de l’étude de caractères). Quelques minutes plus tard, le réalisateur-scénariste évacue les temps heureux de sa «communauté» en une séquence musicale qui figure la complicité par une baignade prise dans le plus simple appareil. Décidemment, la joie n’inspire pas Thomas Vinterberg, qui ne se réveillera que pour traiter les temps dysfonctionnels.

Trio originel

Derrière ses atours de film-choral, La Communauté n’est rien d’autre que l’histoire d’une famille qui implose. Echouant à créer un groupe attachant, le réalisateur se concentre sur la dégradation programmée du trio de personnages correctement brossé dans les premières minutes. Mais n’est pas Ingmar Bergman qui veut. La perte du lien privilégié entre Erik et Anna est figurée avec une lourdeur pachydermique, avant que les deux personnages ne s’entredéchirent dans d’embarrassants numéros d’acteurs en surrégime. Pire, handicapé par une flagrante erreur de casting (sans remettre en doute le talent d’Helene Reingaard Neumann, beaucoup trop jeune et jolie),  La Communauté s’empêtre dans un récit d’adultère aussi insignifiant qu’improbable. Dans ce triste tableau, une lueur vient heureusement complèter le trio originel: l’adolescente, Freja, sans doute le relais du regard d’époque du jeune Thomas Vinterberg. Dès qu’il s’attarde sur la moue frondeuse de la jeune Martha Sofie Wallstrom Hansen (merci IMDB), le film décolle et on se prend à rêver qu’il ne quitte plus le point de vue de ce personnage mutin aux boucles rousses.

Un contre tous et tous contre un

Faiblesse des enjeux et des personnages, La Communauté ne possède aucune qualité qui lui permettrait d’intéresser sur la longueur. Peu inspiré par le plaisir de la  reconstitution (essentiellement figurée par le nombre de cigarettes fumées à l’écran) et réservant une portion congrue à ses souvenirs d’enfance, Thomas Vinterberg traverse le film sans jamais l’habiter, si ce n’est pour resservir le thème de l’individu face au groupe, déjà au cœur de Festen ou de La Chasse. Là, quelques partis pris viennent sortir le spectateur de sa torpeur: en gros plan, Erik pique une colère devant le reste du groupe laissé hors-champ, ou un montage alterné oppose des colocataires guillerets à une Anna en pleine crise de nerfs alors qu’elle présente le journal télévisé. Creusant ce sillon, La Communauté soulève enfin une question pertinente: comment réagit le groupe lorsque l’un de ses membres va si mal qu’il plombe l’ambiance générale ? À titre personnel et en évitant de gâcher le film, la réponse apportée par le réalisateur danois semble à la fois inconséquente et misanthrope.

Rétrospectif

Il y a tout juste un an, à l’heure de la sortie de Loin de la foule déchaînée, Le Passeur Critique se demandait si un virage vers des œuvres de commande serait profitable à la carrière de Thomas Vinterberg. À la lumière de cette Communauté qui manque cruellement de personnalité, le constat s’impose : l'es golden boy du cinéma danois semble bien ne plus avoir grand-chose à défendre.

 

Durée : 1h30

Date de sortie FR : 18-01-2017
Date de sortie BE : 13-04-2016
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 25 Avril 2016

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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