Critique de film
La La Land

La La Land fait partie de ces films cultes et adorés avant même leur sortie en salles. Précédé d'une réputation hors normes outre atlantique, bardé de prix en tous genres (dont plusieurs Golden Globes, en attendant les Oscars qui devraient le récompenser généreusement), encadré par une campagne de promotion qui nous interdit presque de ne pas aller le voir (« Le meilleur film de l'année » en janvier... ou encore « Le film qu'il est impossible de ne pas aimer »), on rentre dans la salle plutôt confiant. Surtout que son réalisateur, Damien Chazelle est le brillant petit génie derrière Whiplash, film indé sorti de nulle part qui s'était révélé un véritable tour de force cinématographique. Il faut dire que tout l'enrobage a de quoi faire saliver. Deux des acteurs les plus glamours du moment (Ryan Gosling et Emma Stone) dans une comédie musicale à l'ancienne toute prête à faire résonner notre fibre nostalgique (si souvent titillée ces temps-ci).



Le film débute de manière tonitruante par un étourdissant numéro musical en plein embouteillage sur l'autoroute de Los Angeles. Dans un plan-séquence virevoltant et léger Damien Chazelle nous immerge immédiatement dans la superficialité de la ville du cinéma, sur ce périphérique qui plonge directement en son cœur. Car c'est bien là le projet du film. Une réflexion amoureuse sur le cinéma, brassant évidemment de nombreuses références, de Jacques Demy à Singin in the rain, Rebel without a cause en passant par Un américain à Paris mais traçant également sa propre voie beaucoup plus contemporaine. Ainsi l'histoire d'amour central entre les deux protagonistes, lui fan de jazz, rêveur et idéaliste, elle, apprentie comédienne pour l'instant serveuse, dépasse rapidement le cadre un peu trop archétypal de la comédie romantique pour offrir le revers de la médaille, la mélancolie du réel venant se briser sur ce monde en carton pâte (nombre de scènes clés se déroulent dans les studios ou dans des salles de cinéma ou de spectacle).

Toutefois si c'est dans son évolution tardive que le film se révèle le plus passionnant et doux amer, ce qui précède s'avère presque décevant. Ainsi Chazelle nous construit un édifice cinématographique brillant de milles feux pour peu à peu le dépouiller de ses oripeaux et tenter d'en faire surgir une certaine vérité, aussi cuisante soit-elle. Si l'idée est bonne, à l'écran c'est moins évident. Après un départ en fanfare, le film se repose sur ses lauriers et développe une comédie romantique un peu banale. Surtout, au niveau des numéros musicaux on était en droit d'attendre beaucoup mieux. Souvent filmés en plan-séquence, ils sont finalement assez rares et peu marquants. Récemment les frères Coen avec le pourtant très moyen Avé César étaient parvenus à nous étourdir totalement dans des numéros spectaculaires. Alors certes l'ambition de La La Land est sans doute différente ici, beaucoup plus minimaliste et proche des personnages, toutefois de ce point de vue-là le film ne révolutionne rien et s'avère presque un peu pauvre.

En progressant peu à peu de l'artificiel au réel, Chazelle dépouille donc son film de son habillage musical pour mieux nous rapprocher de ses personnages et de leurs états d'âme. C'est précisément là qu'il s'avère encore un peu vert, pas véritablement au niveau de ses ambitions. Il réside ça et là une certaine puérilité dans l'écriture qui était déjà présente dans Whiplash, dans des articulations de scénario trop artificielles et peu crédibles et un manque de profondeur dans la relation centrale.

Mais c'est sans doute dans le dernier acte que le film expose toute sa thèse et  de manière assez surprenante il se transforme en remake idéologique de Whiplash où Chazelle vient brutalement et binairement opposer l'épanouissement personnel à l'épanouissement professionnel et artistique dans une démarche sacrificielle totale.  Comme si ces deux entités étaient incompatibles de facto. Si cela donne au film une superbe mélancolie et une épaisse amertume on peut aussi trouver un peu limitée cette vision purement manichéenne de la vie. Ca manque de nuances, la trajectoire est trop programmatique (même si elle donne lieu à une séquence finale magnifique).

Ceci étant dit, malgré les défauts évoqués ci-dessus, on ne peut que tomber sous le charme fou du film, ensorcelé par l'élégance discrète d'un Ryan Gosling, poète jazzeux irrésistible et subjugué par la pétillance si naturelle d'Emma Stone. La petite mélodie du film nous poursuit longtemps, ainsi que ses lumières de café théâtre, on sort du cinéma les mains dans les poches en sifflotant, presque tenté de faire un petit pas de danse sur le trottoir.

Réalisateur : Damien Chazelle

Acteurs : Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend

Durée : 2h06

Date de sortie FR : 25-01-2017
Date de sortie BE : 25-01-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 23 Janvier 2017

AUTEUR
Grégory Audermatte
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