Critique de film
La maison au bout de la rue

Un film dit « de genre » implique la répétition de figures imposées connues du spectateur, mais aussi l’apport d’un certain nombre de variations sur ces mêmes figures. La Maison au bout de la rue (House At The End Of The Street) est le film d’horreur de la semaine. Cet article l’envisage comme tel, sans y chercher le nouveau Citizen Kane, mais avec l’infime espoir de découvrir un nouveau Morse ou un autre The Descent. Les adolescents écervelés arracheurs de sièges, mais aussi tous les autres amateurs de films d’horreur ne s’attendent sûrement pas à une vraie frousse (ce qui arrive environ une fois tous les cinq ans), mais peuvent espérer une ambiance malsaine, des sursauts et quelques cris féminins, dans le film et dans la salle. Selon cette modeste grille de lecture, La Maison au bout de la rue remplit-il le contrat ?

Dans un suburb américain où on organise des barbecues pour les nouveaux voisins, s’installent Sarah (Elisabeth Shue) et sa fille Alissa (Jennifer Lawrence), une ado futée, sympa, sans acné et sans ennuis. Très vite, elles apprennent que la maison voisine (celle au bout de la rue donc) a été le théâtre d’un double meurtre. Carrie-Anne Jacobson, une enfant de treize ans, y a assassiné ses parents puis a mystérieusement disparu. Le dernier occupant est le fils de la défunte famille, Ryan, un jeune homme solitaire, absent lors de la sanglante nuit. Plutôt que de faire la fête avec les autres ados demeurés du quartier, la jolie Alissa préfère chanter des chansons à sa fenêtre. Du coup, elle tombe vite sous le charme de son ténébreux voisin…

Au vu du curriculum du réalisateur Mark Tonderai (britannique auteur de Hush, thriller sorti chez nous en DVD), La maison du bout de la rue doit son budget confortable, son succès américain et sa distribution sur nos écrans uniquement à son casting. Et disons-le tout net, Jennifer Lawrence est ici le seul véritable atout. Après les films d’auteurs U.S. (Winter’s Bone, Happiness Therapy) et les franchises à succès (Hunger Games, X-Men), l’actrice de vingt-deux ans se ménage ici un plan de carrière de Scream Queen. Franchement, on espère mieux pour elle tant seule sa prestation rend la séance supportable. Sans malice aucune, Jennifer y est servie par son physique à la Kate Winslet, ce qui nous change des habituelles bimbos en plastique et renforce la crédibilité de son personnage (c’est là une des rares variations du film). Sa performance est d’autant plus mise en valeur qu’en face, c’est la catastrophe. Elisabeth Shue, aujourd’hui abonnée aux rôles de milf, qui était touchante avec un personnage similaire dans Mysterious Skin de Gregg Araki, est ici complètement à côté de la plaque. À la différence d’Araki, Mark Tonderai ne brille pas pour ses qualités de directeur d’acteurs. Un propos confirmé par la mine de chien battu que nous sert Max Thieriot dans le rôle du taré de service. On passera sur les pauvres interprètes secondaires, autant de faire-valoir caricaturaux d’un scénario qui accumule les détails peu crédibles. Mais soit, on n’est pas chez Bergman, que vaut La maison au bout de la rue en tant que film d’horreur ?

Répétition et variation. le film assure sur le premier point. Le scénario passe par nombre de balises obligées des films d’horreur pour teenagers d’aujourd’hui. Comme apéritif, le prologue montre le double meurtre des parents. Sans surprise, la mise en scène de Tonderai est saturée d’éclairs, d’effets ralentis/accélérés dégueulasses et la gamine tueuse adopte la pose post-Ring de rigueur. La suite du film ne démérite pas et on devine tranquillement tout ce qui va se passer et qui va y passer. Pour son final, après avoir insisté sur la lampe torche défaillante d’un personnage, on nous ressert la cave noire éclairée au stroboscope (et d’un coup je me demande, Le Silence des Agneaux est-il encore connu des djeun’s d’aujourd’hui ?).

Globalement, la cohérence du style n’est pas ici une priorité. Mark Tonderai emploie toute une panoplie de moyens pour mettre son audience sous pression : un effet caméra portée simulant le regard du tueur, un plan séquence virevoltant à la Panic Room qui montre la topographie des lieux et les positions des personnages… On sent bien que le réalisateur a accepté la commande pour ses premiers pas à Hollywood, et qu’il en profite pour se faire un showreel. Style incohérent, mais aussi un scénario dispersé, qui fait le choix paresseux de multiplier les points de vue. Au bout d’un moment, depuis l’héroïne Clarissa, on bascule dans le point de vue du voisin ténébreux, qui dévoile ainsi une partie de ses secrets. Du coup, le spectateur se retrouve le cul entre deux chaises. On en sait soit trop (par rapport à Elissa), soit trop peu (par rapport au voisin), ce qui a pour effet d’annuler toute ambition de faire monter le climat d’angoisse. Enfin, autorisation dès 13 ans oblige, aucun effet gore à se mettre sous la dent, tout reste très sage, même si le réalisateur se débrouille comme il peut pour mettre son héroïne en débardeur avant l’acte final.

Mais c’est surtout au niveau des variations que ça coince pour notre pauvre produit. Même si il est mal amené, la fin du deuxième acte ménage un twist narratif assez surprenant. Le vrai problème c’est qu’au lieu de relancer l’intérêt du spectateur avant le massacre final, ce retournement de situation dessert complètement le film. À partir de là, d’incolore et inodore, le film glisse sur une pente certes inattendue, mais à la morale assez nauséabonde. Le pauvre spectateur reste sur ce goût bien rance : la fin du film atteint le degré zéro en effets choc, en surprises, en hémoglobine et cerise sur le gâteau, met en scène le retour à la dernière minute d’un personnage qu’on croyait mort, ce qui était très bien comme ça.

Au final, La Maison au bout de la rue aura failli être juste un mauvais film d’horreur. Malheureusement, son twist aux relents vomitifs vient finir de serrer l’estomac du spectateur qui attend dès lors le générique avec impatience. Ne reste plus que la sympathique Jennifer à regarder, qui n’a aucun problème pour apparaître telle une jolie fleur au beau milieu d’un tas de boue.

Durée : 1h41

Date de sortie FR : 21-11-2012
Date de sortie BE : 23-01-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 26 Janvier 2013

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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