Critique de film
La reine des neiges

On connait tous les rouages des films du studio Walt Disney depuis sa création : un monde enchanté avec des personnages féériques qui doivent affronter un super méchant. Dans cet univers, les princesses sont convaincues qu’« Un jour mon prince viendra ». Quant aux méchants, ils sont des figures fantasmagoriques capables de représenter le mal absolu en empoisonnant, volant la voix, endormant nos héroïnes… Cependant, il semble, qu’à l’instar de notre monde, celui de Disney évolue pour tenter de s’adapter aux préoccupations contemporaines des enfants. A l’heure de la dématérialisation, l’univers merveilleux d’hier n’est peut-être plus celui d’aujourd’hui. Aussi, le rêve féerique laisse parfois sa place au rêve numérique comme dans le récent Les Monde de Ralph, où un vieux personnage de jeu vidéo devait trouver sa place parmi les nouvelles créations vidéos. Le concept de princesse semblait avoir disparu.

Après un retour prometteur avec Raiponce, qui n’avait pas encore trouvé ses marques dans le nouvel univers Disney souhaité par John Lasseter, nouveau directeur artistique de Walt Disney Animation Studios, La Reine des Neiges, réalisée par Jennifer Lee et Chris Buck, s’annonce comme une véritable révolution. Très jeune, Elsa (Kristen Bell), héritière du royaume d’Arendelle, découvre qu’elle a des pouvoirs extraordinaires. Cependant, elle peine à les maitriser. En jouant avec sa sœur cadette, Anna (Idina Menzel), la princesse blesse involontairement cette dernière à cause de sa magie. Pour éviter qu’un tel geste se reproduise, Elsa est contrainte à l’isolement. A la mort de ses parents, elle doit pourtant assumer son héritage et se montrer au monde. C’est alors que son appréhension plonge le royaume d’Arendelle dans un hiver éternel qui la pousse à l’exil. Afin que l’été revienne, Anna se lance à sa recherche en compagnie d’un montagnard expérimenté, Kristoff (Jonathan Groff), et son rêne Sven. Ce petit groupe va faire la connaissance de trolls et d’Olaf (Josh Gad), un bonhomme de neige humanisé.  

Oubliez le grand méchant des années jeunesses, La Reine des Neiges propose un schéma conflictuel inédit en confrontant sa princesse à ses propres peurs, à l’origine des douleurs qu’elle s’inflige et qu’elle provoque à son peuple. Le mal n’est plus incarné par une tête pensante. Il est plus insidieux et donc plus difficile à combattre car il se nourrit des angoisses de l’héroïne, mais également de celui du spectateur.

Finie la passion éternelle avec un prince charmant puisque c’est d’un amour filial que dépend le sauvetage du Royaume d’Arendelle. En cela, les deux scénaristes, Jennifer Lee et Shane Morris, opèrent un exercice de style en concentrant l’écriture des scènes sur Anna, qui n’est pourtant pas le protagoniste de l’histoire dans le sens où ce n’est pas elle qui vit le plus de conflit. En cela, ils font l’effort narratif de dissocier héros et histoire.

De plus, à l’inverse de Planes, la force comique des personnages est présente tout au long de l’œuvre. En fer de lance, il y a bien sûr les répliques d’Olaf, ainsi que la scène avec les trolls. C’est surtout l’ambiance générale très légère qui est appréciée, relayée par un visuel esthétique idéal recréant des décors enneigés somptueux. Par exemple, le château de glace est une sorte de représentation féérique de l’hôtel glacé situé au Canada, montré notamment dans Meurs un autre jour. La perfection du dessin et des gestes donne également une prestance sexy (presque sexuelle) aux deux protagonistes, notamment lorsqu’on découvre Elsa dans sa robe de reine.

Le dessin animé comporte bien sûr nombreuses imperfections. Tout d’abord, on regrette le choix de combiner dessins effectués à la main et images travaillées à l’ordinateur. Pour le coup, les nouvelles technologies ne servent pas la magie de Disney. De plus, bien que les chansons composées par Christophe Beck rentrent facilement en tête et permettent de faire avancer l’intrigue, elles sont beaucoup trop envahissantes. L’interprétation combinée d’Idina Menzel et Jonathan Groff fait que le spectateur n’arrive pas à se détacher de la série Glee, dans laquelle les deux acteurs apparaissent également.

Présenté comme le film de Noël de cette fin d’année, La Reine des Neiges enchantera les enfants durant cette période. Les plus grands passeront également un bon moment tout en repensant  avec nostalgie aux princesses de leur enfance.

Durée : 01h40

Date de sortie FR : 04-12-2013
Date de sortie BE : 04-12-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 10 Novembre 2013

AUTEUR
Antoine Corte
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