Critique de film
La Vie Rêvée de Walter Mitty

Qui connaissait Walter Mitty ? Ce personnage populaire de la culture américaine, créé par l’auteur James Thurber, a vu le jour dans une nouvelle publiée en 1939 dans le New Yorker. Une première adaptation a ensuite été réalisée en 1947 avec Danny Kaye dans le rôle-titre mais reste relativement méconnue en France malgré ses qualités. A part une série d’animation en 1975 où Walter Mitty était devenu un chat nommé Waldo Mitty, il a fallu attendre 2013 pour que ce personnage renaisse. Le projet traînait dans les tiroirs depuis plusieurs années et plusieurs noms avaient failli être impliqués. C’est pourtant un personnage en or pour la fiction hollywoodienne.

Walter Mitty est un personnage ordinaire, célibataire, à l’existence morose qui passe tout son temps à rêver et à se fantasmer en héros absolu bravant mille dangers et péripéties, qu’il soit capitaine ou pilote, avant de se retrouver impliqué malgré lui dans une vaste affaire d’espionnage bien réelle. L’identification était évidente pour le spectateur qui entre dans une salle de cinéma en rêvant d’évasion, d’amour et d’aventures. Mais cette vision du cinéma hollywoodien est peut-être devenue trop naïve de nos jours, où les images n’ont pas tout à fait le même pouvoir enchanteur.

La nouvelle adaptation de Ben Stiller propose donc une nouvelle vision du personnage, qui délaisse assez vite son aspect rêveur. On le comprend tant les scènes de rêve au début ne sont pas toujours bien amenées, comme si le cahier des charges impliquait au moins une spectaculaire scène d’action. Le furtif combat en mode « comic-book » semble tellement forcé qu’il ne convainc pas malgré sa drôlerie. Cette fois-ci, pas d’affaire d’espionnage, mais une urgence professionnelle en pleine crise de la presse papier. C’est d’ailleurs la meilleure idée du film : faire de Walter Mitty un développeur de pellicule qui travaille pour Life, célèbre magazine de photojournalisme qui été contraint d’arrêter sa publication papier en 2009, n’existant plus désormais que sur Internet. Le scénario s’inspire de ces faits réels pour servir de prétexte aux motivations de Walter Mitty, comme s’il fallait sauver la pellicule face à l’arrivée du numérique (Ben Stiller a d’ailleurs tenu à tourner son film en 35 mm).

Assez rapidement, Walter Mitty doit trouver en lui-même le courage de passer lui-même à l’action, à « entrer » dans le monde réel, à choisir sa pilule rouge tel Néo dans Matrix (qui est d’ailleurs ouvertement cité de façon cryptée mais la référence est claire). Ne pas hésiter à aller affronter le froid du Groenland, à s’approcher d’un volcan en éruption (le fameux Eyjafjallajökull, évidemment mieux exploité que dans le navet avec Dany Boon), ou à escalader l’Himalaya pour retrouver le photographe-vedette de Life joué par un Sean Penn plus aventureux que jamais, détenant le cliché exclusif qui sera la toute dernière couverture du magazine papier. En gros, le message est tellement clair qu’il est d’ailleurs contenu tout entier dans le slogan d’une affiche américaine : « Stop Dreaming. Start Living ».

Le souci, c’est que Ben Stiller assène ce simple message avec une insistance un peu trop sérieuse qui ne lui convient pas tellement. Alors certes, le film déploie un sens du visuel sophistiqué qui permet d’admirer l’étendue des magnifiques paysages traversés par Walter Mitty mais on n’est pas si éloignés de l’esthétique publicitaire du tourisme d’aventures. Si le premier degré assumé par Ben Stiller est d’abord touchant dans sa naïveté assumée et sa simplicité lumineuse, s’il faut au moins lui reconnaître une certaine ambition, le film montre assez vite ses limites, donnant finalement une impression de fausse bonne idée. On ne fait pas du lyrisme juste pour le lyrisme.

En fait, Ben Stiller nous livre un étrange film de doux rêveur qui se casse évidemment la gueule, car il voudrait nous transporter vers le merveilleux alors qu’il n’a aucun sens du merveilleux, ou plutôt qu’il ne le comprend pas vraiment. Du coup, on se met finalement à rêver du film tel qu’il aurait pu être, par exemple dans les mains d’un Spielberg, qu’il aille plus dans la parodie et la fantaisie enjouée plutôt que le trip initiatique comme grande leçon de vie. On peut également regretter que l’enjeu sentimental soit si pauvre et que le personnage de Kristen Wiig soit aussi négligé. De Ben Stiller, qui nous avait emballés avec la folie furieuse du jouissif Tropic Thunder, sommet absolu de la comédie américaine grinçante, avouons qu’on attendait beaucoup plus que cette gentille fable vantant les mérites du voyage aux quatre coins du monde. 

Réalisateur : Ben Stiller

Acteurs : Ben Stiller, Kristen Wiig, Jon Daly

Durée : 01h54

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : 25-12-2013
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Critique mise en ligne le 27 Décembre 2013

AUTEUR
Viguen Shirvanian
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Insatiable cinéphage qui aime les grands mélos lyriques, la Nouvelle Vague française, le pinku...
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