Critique de film
Le Cercle

Un vieil homme se coiffe, se maquille, s’apprête. Il chérit un sexe qui n’est pas le sien, que l’on dit opposé, il voudrait même l’habiter et puis sur une scène se met à chanter et à danser sous les yeux amoureux d’un homme ému. Ensuite, la vie réelle, uniquement bridée d’un cadre documentaire lance le film. L’époque est familière, c’est la nôtre, le 21ème siècle. L’amoureux, vieil homme au tendre regard, époussète un ordinateur portable, écran levé, fenêtre ouverte sur le monde moderne, puis le chanteur, désormais affublé d’une simple gilet vert pomme, repasse soigneusement à l’aide d’un fer à vapeur contemporain. Les gestes se veulent féminins. Maniérés tout au moins. L’ambiance est paisible, le lieu lumineux. Les deux hommes regardent maintenant au loin vers Zurich, en 1956.

Rapidement, le présent s’efface et laisse place au passé, à l’allégorie d’une époque révolue ou les idéaux d’une certaine idée de la liberté, de l’égalité était bien d’avantage prostrée qu’aujourd’hui. S’ouvre alors le passé des deux protagonistes présentés plutôt. Un couple gay fraîchement marié en Suisse, à Zurich. Un couple au-delà des ères, au-delà des saisons. Le film raconte, non sans douceur, leur histoire et le militantisme homosexuel du milieu des années cinquante.

Plus proche d’un fantasme historique sorti de l’imaginaire de deux hommes au lourd vécu que de la véritable reconstitution historique, ce sont pourtant ces arrêts, ces pauses dans le temps, tout à la fois jolies et désuètes qui forment l’intérêt principal du film. Le ton sombre et délavé des années cinquante (au reflet d’une guerre pas si lointaine) brutalise la clarté de la caméra réaliste et le voyage entre réel et fiction s’emballe. Entre passé et présent, jusqu’au tournis, jusqu’à l’addiction, jusqu’au mélange et à l’oubli des genres, jusqu’à leur extinction. Jusqu’à ce que ne reste qu’un cadre, une action, un rythme. La ballade est intéressante, prenante même mais s’apparente rapidement à un dispositif maintes fois usé et atteint son paroxysme dans les photos illustratives du passé des personnages : anecdotique. Leur manque de mouvement brise le rythme et traîne le film (à la caméra tremblante) jusqu’à l’embourgeoisement presque télévisuel.

On pourrait s’arrêter à sa forme généreuse, gorgée d’idées et d’émotions comme le sont souvent les voyages dans le temps et à sa maîtrise relative, à son manque de financement évident. Mais Le Cercle a d’émouvant ce qu’ont les belles histoires, les contes perdus dans le temps dont on sait qu’ils finiront bien ou le plus proche de l’apaisement possible. A l’heure où l’on vend le combat comme gagné, la cause presqu’accomplie, le film offre le recul nécessaire à la compréhension du chemin parcouru et prend une certaine hauteur sur les horreurs du passé. Mais, alors qu’il s’arrête sur cette douce note de victoire, de mariage, il dévoile aussi, hors-champs, hors film, l’exponentiel chemin qu’il reste à parcourir pour que les libertés de chacun se voient enfin respectées sinon adoptées. 

Durée : 1h42

Date de sortie FR : 04-03-2015
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 31 Janvier 2015

AUTEUR
Lucien Halflants
[132] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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