Critique de film
Le gamin au vélo

Les frères Dardenne peuvent-ils briguer une troisième Palme d’Or et devenir ainsi les cinéastes les plus titrés du Festival de Cannes ? Quoique le jury présidé par De Niro décide, il est évident qu’ils repartiront avec un prix, comme c’est à chaque fois le cas. On pouvait parfois s’étonner de ces choix qui privilégiaient la nature brute d’un cinéma social à la caméra sautillante, collant à la nuque de ses acteurs amateurs. Il y avait pourtant toujours une énergie folle, une fuite du personnage face à la caméra le suivant avec désespoir dans ces zones charbonnières, sombres et déprimantes. Et bien qu’ici, nous n’ayons jamais été vraiment adepte de ce cinéma qui se rejouait en changeant son titre, il nous fallait admettre qu’il y avait là la poursuite d’une volonté, celle de mêler la forme nerveuse à la profondeur de la tragédie humaine et que cette union nous nous la prenions systématiquement en pleine poire.

Dans Le Gamin au vélo, on retrouve tout ce qui fait le cinéma des Dardenne mais il s’opère tout de même un tournant dans la forme et une lumière qui n’est pas uniquement tributaire de la période de l’année où le film a été tourné (l’été et cela pour la première fois). Comme si en cette période où le monde souffre de toute part et exhale les plaies de son égoïsme, les frères avaient choisi de redonner un vent d’espoir. N’allons tout de même pas croire qu’il s’agit là d’offrir une vision angélique de la Wallonie, elle-même en proie à la plus terrible récession d’un pays qui ne parvient pas à se gouverner. Mais à travers ce personnage de Cyril (extraordinaire Thomas Doret qui pourrait bien comme Emilie Dequenne et Olivier Gourmet repartir avec le prix d’interprétation), jeune adolescent abandonné par son père, qui ne renonce jamais à essayer d’être heureux en trouvant une source d’affection et d’attention, on ose imaginer qu’il y a encore quelque part une forme de compassion chez l’être humain, mise en perspective ici par le personnage de Cécile de France, Samantha.

Tout au long du film, nous assistons à une leçon de mise en scène virtuose. Nous suivons la route de Cyril, petit bonhomme dont le vélo est le dernier lien au père et l’instrument de la liberté quand elle est douleur silencieuse. Son combat c’est celui d’être reconnu et son dilemme celui des preuves d’amour. Il y a dans ce gamin au vélo des scènes fabuleuses de brutalité où Cyril apprend que son père ne veut plus de lui avant que ne résonne leur écho destructeur. Les frères Dardenne sont des génies pour filmer la violence familiale, les brûlures de la filiation, l’explosion des repères identitaires, la solitude humaine, l’immense détresse d’êtres à qui l’affection et la douceur auraient pu servir de digue contre la noyade. Le Gamin au vélo par son rythme, sa quête frénétique de la reconnaissance de ce fils qui cherche son père et qui trouve une mère de substitution (la relation entre Cécile de France et Thomas Doret est vraiment brillante) tutoie parfois le génie. De manière regrettable, certains seconds rôles sonnent complètement faux, tout comme le scénario qui à l’une ou l’autre occasion apparaît comme un petit peu naïf avec notamment ce personnage du dealer tentateur. Il s’agit évidemment d’un conte et le trait est parfois forcé, c’est ce qu’on pourra évidemment opposer à ces légères remarques négatives.

Lors d’une scène finale splendide où un morceau de musique classique retentit pour la quatrième fois, l’idéal de survie reprendra ses droits, titubant et meurtri, mais allant encore et toujours de l’avant parce qu’il y a dans la lutte la reconnaissance d’une identité que la mort a toujours renié.

Durée : 1h27

Date de sortie FR : 18-05-2011
Date de sortie BE : 18-05-2011
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 09 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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