Critique de film
Le Garçon et la Bête

Après le chef-d’œuvre Les enfants loups, Ame et Yuki, Mamoru Hosoda revient avec Le Garçon et la Bête (référence à Disney) qui poursuit son exploration intime des liens familiaux. Si la direction de son récit, riche de multiples influences, est plus dispersée et moins évidente, l’acuité de son regard sur les rapports humains bouleverse à nouveau. En alchimiste, mêlant les éléments de fantastique à l’émotion la plus pure, Hosoda renouvelle le genre du conte initiatique et associe avec grâce les tonalités, des plus légères aux plus noires.

Une noirceur inédite

Noir, le film l’est d’emblée. En quelques plans, très courts mais très détaillés, d’un enfant qui s’enfuit dans les rues du quartier de Shibuya, Hosoda saisit avec une noirceur étonnante l’idée de l’abandon. À la mort de sa mère (avec qui il vivait depuis le divorce de ses parents), Ren (c’est de lui qu’il s’agit) préfère fuir plutôt qu’être recueilli par une lointaine famille. Seul dans les rues grouillantes d’un Tokyo ultramoderne, il crie sa haine du genre humain (un trou noir à la place du cœur vient symboliser le vide qui s’empare de lui). Cette introduction, d’une beauté à couper le souffle, pourrait être un court métrage à elle toute seule. Elle est brute, sans concessions, telle qu’on en voit rarement dans le cinéma d’animation.

Réciprocité et partage

Lorsque Ren rencontre Kumatetsu, un ours qui vit à Jutengai, le Royaume des bêtes, c’est un nouveau film qui commence. En choisissant de le suivre, Ren (renommé Kyuta par Kumatetsu) découvre un nouveau monde (d’inspiration médiévale) dont les codes mêlent légendes japonaises et chinoises et qui contraste fortement avec les rues déshumanisées de Shibuya : plus coloré, fait de ruelles étroites et en pente, comme dans les villes méditerranéennes. En Kumatetsu, Kyuta trouve un père de substitution. En Kyuta, Kumatetsu trouve un disciple dont il a d’abord besoin pour devenir le seigneur du monde des bêtes. La relation qui s’instaure entre un humain et un animal est clairement un prolongement aux Enfants loups. Le lien qui unissait un enfant à sa mère ou à un mentor de substitution était déjà au cœur du précédent film de Mamoru Hosoda qui a une conscience aiguë de l’éclatement actuel des familles. Ici, chacun a besoin de l’autre, chacun transmet quelque chose à l’autre. Le film se démarque ainsi des récits d’initiation traditionnels, faisant du partage le cœur de son propos. On n’est rien sans l’autre.

Le fantastique nourrit l’humanisme

Le Garçon et la Bête emprunte à plusieurs genres du cinéma : à l’intérieur de ce conte initiatique teinté de fantastique, Kyuta et Kumatetsu forment un duo irrésistible de buddy movie. C’est aussi une relecture du film de kung-fu. Le film se fait tantôt épique, tantôt contemplatif, notamment dans une séquence centrale où nos acolytes vont à la rencontre de sages. Il multiplie les genres et les pistes narratives (allers-retours entre le monde des humains et le monde des bêtes), diluant parfois la force de son propos. Mais l’humain reste toujours au centre des préoccupations de Mamoru Hosoda. L’Homme, capable du pire s’il se laisse aller à ses mauvais penchants…

Si Le Garçon et la Bête n’atteint pas les sommets d’émotion de son précédent long métrage, Mamoru Hosoda confirme qu’il est un digne successeur du maître de l’animation japonaise, Hayao Miyazaki. Mais il s’en démarque également. Il développe un cinéma en apparence moins enchanteur, moins poétique, plus trivial, plus humain. En réalité, Hosoda utilise le fantastique pour réenchanter le quotidien et les rapports humains. Un cinéma qui réchauffe les cœurs.

Réalisateur : Mamoru Hosoda

Acteurs : (Indisponible)

Durée : 1h58

Date de sortie FR : 13-01-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 16 Janvier 2016

AUTEUR
Guillaume Saki
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