Critique de film
Le monde nous appartient

D’un scénario bâclé Stephan Streker tire le meilleur. Il distort les destins de ses personnages à travers son œil de cinéaste pour nous enrober d’un liquide suave entre sueur et bitume. Et de laisser ainsi l’esprit voguer dans un univers visuel plus que narratif ; mais n’est-ce pas là le dessein du cinéma.

Il y a Pouga et il y a Julien. Deux nouveaux nés, bientôt morts d’une certaines manière. A la recherche d’un avenir, ce sont leurs destins qui vont se croiser. L’un est seul, l’autre est entouré, l’un est pile, l’autre est face et pourtant, ils se ressemblent. Ils partagent leurs rêves d’horizons, leurs rêves de libertés.

A l’abscisse de la liberté se croise l’ordonnée du destin, entre, la fonction est tangente. Et pourtant c’est de s’en extraire qu’il est difficile, et ça nos héros le savent. Pouga aimerait quitter son statut de jeune délinquant et s’élever vers les sphères respectées de la société. Mais pour toucher à la fureur de vivre, il n’a présentement que les voitures volées à faire vrombir dans les sombres tunnels bruxellois. Son pareil ne cherche qu’à passer la vitesse, à bondir de son banc de touche, à lâcher son statut de jeune joueur pour signer un contrat pro, pour faire résonner son père aimant et perdu manquant son rôle…

Choral, le film l’est. Ce sont bien les voix du monde que convoque Streker pour laisser retentir le cœur de ses obsessions. C’est aussi là que le film - à chercher la brillance – vacille. Se concentrer sur ses protagonistes aurait apporté au cinéaste de plus grandes latitudes de mise en scène et la possibilité de fouiller ses personnages principaux au détriment des secondaires jusque là bâclés.

En ancien critique, le réalisateur bonde ses plans de références souvent parlantes et assumées. Elles sont un régal pour l’œil averti courant la toile. De Scorsese, à Anderson, en passant par Ray, Mann et Wenders, il fond ses influences dans son propre cinéma stylisé à souhaits. Chaque plan porte l’empreinte cinéphile du passé ainsi qu’une maîtrise ébouriffante provoquant l’émotion chez le spectateur, reléguant le scénario comme unique matière de base, mâchée, avalée et vomie sur la pellicule.

Une manière comme une autre de travailler le grain, de travailler l’acteur, la rugosité des peaux prenant le pas sur le reste. Pour cela, deux génies prêtent leurs cuirs. L’un, Vincent Rottiers, dont mes amis lecteurs connaissent déjà le talent. Entre cicatrices et lèvres pincées, il crame l’horizon de son regard fuyant. Sa diction - quoiqu’articulant des mots parfois peu justes – émeut par son tremblement permanent et laisse pantois tout qui tenterait de lui répondre. L’autre, Olivier Gourmet, n’a plus rien à prouver, sa stature et son animalité renversante suffisent à camper nombres de rôles contenus en chair.

Voilà, un cinéma qui parle avec la verve de l’image mais ferait parfois mieux de taire ses mots. 

Durée : 1h28

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : 20-02-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 24 Février 2013

AUTEUR
Lucien Halflants
[99] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de...
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