Critique de film
Le procès de Viviane Amsalem

Viviane Amselem veut divorcer. Cela fait plusieurs années qu’elle ne vit plus avec son mari et voudrait se débarrasser de ce mariage encombrant. Seulement en Israël, elle ne peut pas forcer son mari à divorcer. Si celui-ci refuse, elle est forcée de rester mariée avec lui. C’est ce qui arrive à Viviane. Son mari, un juif très orthodoxe, refuse d’accepter ce divorce, ce gett (titre original), et malgré une vie de couple inexistante empêche sa femme de vivre sa vie.

Huis-clos kafkaïen

C’est ainsi que le film de Ronit et Shlomi Elkabetz rentre dans un processus kafkaïen d’un procès sans fin. Car Le procès de Viviane Amsalem, est un huis-clos, qui se déroule exclusivement à l’intérieur du tribunal où se juge ces histoires de divorce. On suit alors Viviane, son avocat, son mari et son frère (qui lui sert d’avocat) se présenter inlassablement devant les juges, qui face au refus du mari de divorcer n’ont d’autres choix que de décaler le jugement. Et Viviane, vit ainsi, la respiration bloquée dans un purgatoire duquel il apparaît de moins en moins probable qu’elle sortira un jour. Les juges ne peuvent forcer l’homme à accepter le divorce. Ils tentent donc de comprendre et surtout de tout faire pour que le couple reste ensemble ce qui d’après eux arrange tout le monde (sauf la principale intéréssée). Viviane accepte même de retourner vivre auprès de son mari en espérant le faire changer d’avis. Bientôt sans aucun recours les juges font intervenir des témoins, amis et famille du couple qui chacun à leur façon tente d’expliquer qui ils sont et pourquoi ils en sont là.

Cette spirale sans fin dans une situation inextricable est vertigineuse. A l’écran apparait entre chaque scène un petit carton nous indiquant le temps qui a passé depuis la précédente audience. Ainsi défile les mois, puis les années. Et Viviane (sublime Ronit Elkabetz dans une prestation d’une dignité exemplaire) reste là, prisonnière d’un homme qui refuse de lui rendre sa liberté et prisonnière d’un système judiciaire absurde et patriarcal qui refuse de voir sa souffrance. Dommage d’avoir parfois cédé à un humour de décompression un peu grossier (à travers les témoins hauts en couleurs) et il faut bien reconnaître que le film a un côté redondant. Mais ce n’est que pour mieux étouffer le spectateur, l’enfermer dans cette pièce blanche, laide et froide où se joue l’avenir d’une femme. Cet avenir n’est, au sein du film, que les quatre murs d’une pièce où des hommes décident tout et où la femme n’a aucun pouvoir.

A travers une esthétique simple et limpide de l’enfermement Ronit et Shlomi Elkabetz nous donne à ressentir peu à peu ce que peut être la mariage lorsqu’il n’est plus voulu mais qu’on est incapable de s’en débarrasser. Une fois de plus, comme avec leurs précédents films, le frère et la sœur se posent des questions sur ce petit pays qu’est Israël et sur ces traditions ancestrales qui perdurent au-delà de la raison. Un beau film fort et digne. 

Durée : 1h55

Date de sortie FR : 25-06-2014
Date de sortie BE : 10-09-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 26 Mai 2014

AUTEUR
Grégory Audermatte
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