Critique de film
Les 4 Fantastiques

Dans la récente vague de films de super-héros, Les 4 Fantastiques est sur le papier l’un des projets les plus excitants. Alors que Marvel engage des cinéastes de plus en plus lisse et renvoie les plus prometteurs (Edgar Wright parti d'Ant Man) on s'est immédiatement réjoui de voir le jeune et prometteur Josh Trank engager pour réaliser Les 4 Fantastiques (production de la Fox comme pour les X-Men). On venait de découvrir son premier film, Chronicle, qui faisait dans son coin indépendant son propre film de super héros et qui parvenait à être spectaculaire et impressionnant avec pas grand-chose tout en faisant référence à des monuments comme Akira. Josh Trank est donc immédiatement rentré dans la liste des jeunes cinéastes geeks que l’on sent prêt à éclore dans le système hollywoodien (comme Duncan Jones, Gareth Edwards…), un futur Peter Jackson qui sait ? Un cinéaste capable d’apporter sa personnalité à un blockbuster parmi tant d’autres. Les signaux étaient au vert.

Pourtant peu à peu une aura de bad buzz a entouré le film. Tout a commencé lorsque Josh Trank embauché également pour réaliser un spin-off de Star Wars a été finalement renvoyé assez tôt dans la pré-production et que des récits très inquiétants sont sortis à son sujet concernant le tournage des 4 Fantastiques (personnalité autiste, manque total de leadership, incapable d’exprimer clairement ses directives…). Puis les trailers sont sortis tous assez peu engageants, ne promettant rien de particulier. Le studio a décidé également au dernier moment d’annuler la sortie 3D ce qui n’est jamais bon signe.

Rarement ces mauvais présages n’auront été si prophétiques car c’est un peu abasourdi que l’on découvre cette longue catastrophe d’1h46 où rien ou presque n’est à sauver et où on l’on s’ennuie ferme. La première question qui frappe c’est qui a bien pu valider un scénario aussi mauvais et amateur ? Plombés par des dialogues tous droits sortis d’un générateur automatique l’intrigue est d’une abyssale nullité. Rien n’est crédible à commencer par cette première partie qui se veut pourtant plus terre à terre rappelant (de très loin) dans ses premières minutes le cinéma merveilleux d’Amblin avec ces deux gamins qui construisent une machine dans un garage. Mais très rapidement on rentre dans une spirale à l’écriture totalement en roue libre. Reed Richards, jeune surdoué qui est à la fois ingénieur, soudeur, informaticien, mathématicien etc…  comme ses deux acolytes Sue et Johnny Storm. Ils sont tous ridicules à faire semblant de taper sur des claviers en fronçant les sourcils. Tout est totalement abstrait réduit à des enjeux bien trop génériques (construire une machine). Aucune relation n’est réellement construite entre eux à l’image de l’amitié Reed/Ben Grimm aka La chose qui représente pourtant le pendant le plus tragique du film (Ben en veut à Reed d’être devenu La chose). C’est lamentablement raté.

Mais la plus grosse déception vient sans doute de la mise en scène de Trank qui en plus d’être anonyme au possible est même carrément mauvaise. Il faut voir ce moment totalement raté où quatre personnages posent le pied sur un monde inconnu. C’est un moment qui pèse lourd, qui représente un changement définitif dans l’histoire de l’humanité. Trank filme ça d’une manière totalement plate donnant l’impression de se débattre dans un studio de 30m². Aucune ampleur, aucun souffle, aucun sentiment de merveilleux ou de gigantisme. Rien. C’est bien là tout le problème, ce rien, ce néant qui contamine tout le film. Comme cette photographie marronnasse donnant à l’ensemble du film un côté terne et vieillot. Comme ces acteurs pas dirigés souvent très mauvais Kate Mara en tête (on se demande comment Miles Teller peut être aussi bon dans Whiplash et aussi transparent ici). Comme son unique scène d’action finale incapable une fois de plus d’être spectaculaire, fun et novatrice. Car oui c’est un film de super-héros presque sans action. On a presque l’impression qu’elles ont été coupé au montage tant c’est incompréhensible. 

Il y  a peut-être 30 secondes intéressantes dans le film. Quand les personnages se réveillent après avoir acquis leurs pouvoirs. Soudain  une étrangeté, une monstruosité même, quelque chose d’un peu inquiétant et glauque surnage. Trank avait parlé de David Cronenberg comme influence sur le film et peut-être effectivement que dans ces quelques secondes une certaine inspiration y fait penser (ainsi qu’une mise à mort rappelant les explosions crâniennes cultes de Scanners). Mais c’est tellement ténu que ça n’en rend l’échec du film que plus terrible, face à ce réalisateur qui a clairement baissé les armes, qui n’a pas réussi à proposer une vision quelconque, à imposer une patte. 

Exemple type du naufrage hollywoodien où tout est à jeter car rien ne semble avoir été fait avec le désir de faire un bon film. Ni l’envie de raconter une histoire, ni d’épater le public par la richesse de son spectacle, ni de l’envoûter par la finesse de la mise en scène. Le climax du film se déroule autour d’un trou noir menaçant d’avaler la terre mais on a plutôt l’impression que c’est l’intégralité du film qui a été avalé dans le néant. 

Durée : 1h46

Date de sortie FR : 05-08-2015
Date de sortie BE : 26-08-2015
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 05 Août 2015

AUTEUR
Grégory Audermatte
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