Critique de film
Les Amants de la Nuit

« This boy and this girl were never properly introduced to the world we live in »

Ils vivent la nuit et transpercent le jour, les magnifiques aux ventres troués, les innocents donnés en pâture à ceux qui n’en ont que faire, aux anciens. Ils cavalent à leur rythme pour traîner le temps que l’amour prend plaisir à dévorer. Ils pleurent l’éducation qu’ils n’ont jamais eue ; des larmes d’ombres laissées pour compte aux fleuves sous les paupières, aux océans des amants.

Probablement innocent, Bowie (Farley Granger) s’échappe de prison. Désormais bien loin de toute virginité criminelle mais chargé d’une naïve humanité, l’oisillon blessé se réfugie chez le frère de Chicamaw, l’un de ses comparses. Il y rencontre l’amour et la beauté ; la candide compassion dans les bras d’une jeune femme, Keechie (Cathy O'Donnell). Eblouis par leurs stigmates et leurs passés mouvementés, le couple décide de mettre les voiles infernales vers des jours plus paisibles, vers le bonheur qu’ils n’ont jamais connu.

Foudroyant électrochoc de l’esprit mais surtout des sens, l’œuvre de Ray, dans sa plus faste période, compte de nombreux chefs d’œuvre. They Live By Night en est son premier. Suivront : Le Violent, Les indomptables, Johnny Guitar, La Fureur de Vivre, Derrière le Miroir etc…

Autant de splendeurs pour dynamiter les rêves à travers un regard halluciné sur les écorchés. Pour tirer à vue sur les règles et la bien-pensance, les entrailles en cendres et le cœur bien en chair. Pour aimer jusqu’au bout de la mort ses personnages, toujours déracinés de leurs terres et de leurs sentiments. Pour déchirer le drapeau et ses étoiles, ou ce qu’il en reste, à travers des uppercuts en pleine gueule d’une société boursoufflée. Ray est brulant comme Huston, à fleur de peau comme Kazan et défoncé comme ses personnages qu’il défend jusqu’aux dernières images, lutant comme pour sa propre vie. Pour que ses idéaux, jamais ne tombent en berne.

Finalement peu intéressé par l’intrigue policière, Ray se jette à perte de sens dans une nuit infinie, où le jour résonne comme autant de coups de rasoir dans les nerfs. Dans une relation tumultueuse, un amour condamné à attirer la foudre; dans son dos, les coups de feu. Alors qu’ils cherchaient la simplicité, la vie normale, l’amour paisible, les amants vivront ce qu’ils peuvent, blâmés de leur passé sans initiation à la vie. Jamais ils ne pourront donc s’installer et vivre « like real people ». Leurs nids sont éphémères et leurs ombres de passage.

Après une merveilleuse scène de rencontre (inouïe gestion de la lumière et de l’espace), dans l’obscurité d’un garage, le metteur en scène filme ses amoureux dans une pénombre permanente. Dans la nuit sans fin d’une vie raccourcie, le couple se cachent et peut prétendre à la liberté, alors que la moindre lumière se fait angoisse et violence.

La jeunesse est inadaptée aux règles de société. L’incompréhension des adultes envers ce qu’ils furent un jour blesse d’égoïsme et d’étroiture d’esprit. Le destin s’efface et laisse place à la mort de l’espoir et des corps nécrosés par le manque d’humanité. Car si le chant d’amour de Ray s’époumone d’instants  lyriques, il reste avant tout tragique avant de s’éteindre dans les larmes de ces quelques mots…

 « I love you ».

Durée : 1h35

Date de sortie FR : 30-11-1947
Date de sortie BE : 30-11-1947
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 28 Décembre 2013

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES