Critique de film
Les Amitiés Invisibles

Après le monde de la finance, Christoph Hochhäusler, tente de démanteler les relations troubles, les collisions d’intérêts existant entre les pouvoirs publics et des consortiums industriels à travers l’enquête menée par un journaliste sur un scandale lié au contournement des réglementations dans la gestion des déchets toxiques. Les mensonges des vainqueurs (Die lügen der Sieger), est le titre original traduit en Les amitiés invisibles par le distributeur pour sa sortie française. Pourquoi ce changement dans la traduction, qui peut sembler à priori inapproprié, comme venant trahir l’intention originelle. Néanmoins à la vision du film, il apparaît que tout est dit dans le titre original, Les mensonges des vainqueurs. Et puis le film se referme sur cette phrase en exergue : « L’histoire est faite de la parole des vainqueurs mais cela n’apparait pas dans les manuels ». Christoph Hochhaüsler peut se flatter d’avoir le sens de la synthèse.

Il convient de rappeler que ce cinéaste est aussi membre, fondateur de la revue Revolver, revue cinéphile, pour un dialogue fécond, c’est à dire esthétique et technique sur la pratique du cinéma. Aussi Christoph Hochhaüsler, est à chacune de ses apparitions, annoncé comme le chef de file de la nouvelle vague du cinéma allemand ; en trois film à peine car c’était déjà le cas il y a cinq ans, lors de la sortie en France de Sous toi, la ville (Unter dir, die Stadt). Presque systématiquement, ces films sont labellisés « véritable cinéma contemporain », lorsqu’ils sont présentés au public. Ainsi, ce cinéaste et théoricien, nostalgique des Cahiers du Cinéma d’antan, semble à ce titre complètement hermétique à une éventuelle critique. Ses films à l’instar de la revue, sont pensés comme des manifestes. D’ailleurs à l’entendre, son propos est toujours un argument de cinéma. Tout se justifie par la technique cinématographique, quand il explique scrupuleusement ces parti pris esthétiques. Nonobstant ces précisions, lors de la projection, le film a déjà l’allure du bel ouvrage, peaufiné jusque dans ses moindres détails. L’ambiance générale rappelle celle de The Ghost Writer de Polanski, avec cette musique qui confère un swing plein d’ironie au récit. Un détachement élégant renforcé par les nombreux travelling latéraux, qui lui sont chers. Pas de problème, les séquences se succèdent avec la fluidité visuelle que nous venons de décrire, et parfois de jolies incursions au montage. Pour rappeler à quel point il se délecte de l’art cinématographique, il souligne au stabilo : « Regardez comme c’est joliment fait ! »

Mais le problème est toujours le même avec cette façon de faire. Tout ici est tellement intellectualisé, tenu à distance, que nous avons l’impression d’assister à une expo d’art contemporain, dont il faudrait s’émerveiller de la singularité. Malheureusement, il n’a rien inventé depuis son précédant opus, car il recourt aux mêmes procédés. Cette fois, il s’aventure sur le terrain du thriller, espionnage numérique et tout le tintouin mais avec cette syntaxe bien à lui, à laquelle il tient tant. Un maillage disparate de jolies séquences, sorte de tableaux révélateurs des comportements symptomatiques de notre société (du coup Les amitiés invisibles pour parler des rapports entre politiques, lobbyistes et industriels est plutôt pertinent). Aucun suspens à la clé, car les codes du genre ne l’intéressent pas, il est bien trop occupé à placer sa caméra pour laquelle il délaisse complètement son sujet. Il en effleure à peine les contours, pour délivrer finalement une vérité de la Palisse, tout à fait contestable soit dit en passant (certains journalistes d’investigation ne s’y retrouveront sans doute pas). Heureusement que son personnage principal (Florian David Fitz), est un acteur plutôt agréable à regarder. Avec sa plastique impeccable, il incarne parfaitement le journaliste un peu paumé, un rien antipathique et imbu de sa personne. Sorte de cow-boy solitaire qui va peu à peu se laisser surprendre par sa stagiaire (Lilith stangenberg), avec laquelle il va coucher, naturellement. Même si cette séquence semble elle aussi complètement téléphonée, car nous ne somme guère concernés par leur aventure. Il n’y a globalement rien d’attrayant dans cette histoire qui ne crée aucun écho en nous, si ce n’est le « plaisir » ressenti à l’écoute de cette belle partition pleine de panache, signé Benedikt Schiefer. Chapeau bas l’artiste !

Une critique de Barbara  Alotto

Durée : 1h53

Date de sortie FR : 18-11-2015
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 17 Novembre 2015

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