Critique de film
Les Combattants

Le pitch : A la mort du patriarche, Arnaud, la vingtaine, pense aider son frère pendant l'été dans l'entreprise familiale de menuiserie. En allant construire une cabane de jardin il rencontre Madeleine, une jeune fille très masculine qui s'entraîne dur pour rentrer dans l'armée. D'abord un peu effrayé par cette fille autoritaire et sèche, Arnaud s'attache à elle... Au point de l'accompagner au stage d'incorporation de l'armée.

Une comédie aussi rafraîchissante que surprenante

Rafraîchissante parce qu'elle échappe totalement à ce que l'on a l'habitude de voir dans le cinéma français. On s'éloigne de Paris et des ses autochtones pour quelque chose de plus rural et cela sans que cette provincialité ne soit traitée comme un handicap ou agrémentée des clichés habituels. Point de fermier zoophile ou de supporter de foot consanguin. Juste un groupe de potes qui profite de l'été pour sortir et s'amuser. Ils sont très drôles ces potes (on retrouve William Lebghil, l'acteur sympa de Soda). Surprenante parce que cette comédie raconte finalement quelque chose d'assez inédit avec ce cadre de l'armée ce qui donnera droit à une poignée de scènes hilarantes. On est également surpris par la bifurcation que prend le film au deux tiers pour quelque chose de différent et de très beau... (On ne vous en dit pas plus).

Adèle Haenel exceptionnelle

Une vraie bonne comédie romantique se définit avant tout par des personnages forts et intéressants. Si l'on peut reconnaître que le personnage principal masculin est un peu fade (mais cette fadeur le rend finalement attachant), c'est l'opposé avec Madeleine. Interprétée par une Adèle Haenel exceptionnelle (qui confirme tout le bien qu'on pensait déjà d'elle), Madeleine est un personnage complexe et surtout singulier. Il ne ressemble à rien de connu, surtout pas dans la comédie romantique. Bloc de force brute et d'autorité renfrogné, Madeleine porte cette façade de mauvaise humeur avec tant d'aplomb que ça finit par la rendre irrésistible. Le moment où enfin elle ose un sourire perce comme un rayon de soleil. Le film a d'ailleurs une forme de réjouissance solaire permanente. Une espèce d’énergie pop (très belle photo d'ailleurs) bien aidée par une bande originale électro aux petits oignons.

Dommage que la dernière partie rate un peu son objectif. Alors qu'on espère une espèce de climax de sentiment et d'émotion, Thomas Cailley, le réalisateur, s'égare un peu en voulant trop en mettre (l'erreur commune à de nombreux premiers films). Au lieu de faire simple, il se complique la vie en tentant de nous convaincre qu'il peut mettre en scène quelque chose de (modérément) spectaculaire. Alors c'est plutôt réussi visuellement, en une poignée de minutes il impose une ambiance de film de genre assez saisissante. Cependant on s'éloigne un peu de ce qui faisait le sel de tout ce qui précédait. Ce jeu permanent de force et d’opposition entre les deux protagonistes. Le tout en ne sachant visiblement pas très bien comment terminer... D'ailleurs, il ne termine tout simplement pas, et laisse un peu en plan ses personnages sans vraiment décider pour eux. Dommage car on ne passe pas loin du sans faute. Cependant on préférera largement se souvenir des grandes qualités du film (sa fraîcheur, son humour, Adèle Haenel bien évidemment) que de ses menus défauts. L'année dernière la Quinzaine des Réalisateurs avait été la première à projeter Les Garçons et Guillaume à Table ! qui a connu le succès qu'on lui connaît. On ne peut que souhaiter la même carrière à cet excellente comédie et premier film populaire. 


 
Durée : 1h38

Date de sortie FR : 20-08-2014
Date de sortie BE : 10-09-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 19 Mai 2014

AUTEUR
Grégory Audermatte
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