Critique de film
Les émotifs anonymes

Vous êtes plutôt du genre à suer sous votre chemise, à avoir les mains moites, à ressentir des difficultés à dire « non », les Emotifs Anonymes vont vous faire du bien. Vous n’êtes pas seul. Jean-Pierre Améris, le réalisateur de cette petite comédie douce en connaît un rayon sur l’émotivité. C’est un récidiviste. Il a même bien du mal à promouvoir son film. Pourtant sa direction d’acteurs est impeccable, Poelvoorde et Carré reculent tant qu’ils peuvent (avant de céder dans une happy end tout sauf élégiaque) et ils finissent même par émouvoir quand il pousse la chansonnette et qu’elle esquisse quelques pas de danse à l’ombre d’une Audrey Hepburn.

La comédie a l’air sans âge, plantée dans une période qui pourrait naviguer dans l’après-guerre. C’est l’écueil de ce cinéma français qui se parodie, il a le défaut de ne pas photographier l’air du temps, c’est pourtant un parti-pris clair de la mise en scène. Les signes matériels et culturels indiquent qu’il est bien contemporain mais son mal lui n’accuse pas les années. Il rend hommage à ces films chantants des années 50 où l’on plongeait dans le récit par l’acteur. On rit, on se surprend à avoir la chair de poule quand l’hyperémotif Poelvoorde chante, comme un cygne maladroit au timbre délicat. Lui l’acteur qui bientôt sera terré dans sa maison de Namur à caresser le poil dru de son chien, loin des béquilles promotionnelles du cinéma et de sa fourmilière vectrice d’angoisses. 

Elle, le génie du chocolat, au talent feutré sous l’anonymat. Lui, le patron d’une chocolaterie en perdition sauvant leur commerce comme ils s’ébattent dans le lit de la peur. Le chocolat comme substitut. L’idée est pertinente mais après les scènes cocasses de changement de chemise au fou-rire poussif, le film s’essouffle. Le réalisateur laisse les rennes à ses acteurs, ils jouent plus les tics des émotifs que la naissance de l’idylle. La faiblesse des scènes chez le psy ou celles dans le cercle des émotifs anonymes, alors qu’elles jalonnent le film comme un fil rouge, finit par éprouver l’œil et la tolérance. L’affreux contre-jour dans la pièce du psychanalyste évoque à elle seule cette perdition de la réalisation qui s’enchaînera tout au long du film pour ne lui laisser délivrer que quelques éclats toujours grâce à ces deux beaux acteurs que sont Carré et Poelvoorde. Pour le reste, le film disparaît comme il est apparu, avec un arrière-goût de chocolat Leonidas dans la bouche.

Durée : 1h20

Date de sortie FR : 22-12-2010
Date de sortie BE : 22-12-2010
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 20 Juin 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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