Critique de film
Les enfants loups Ame et Yuki

C’est la merveille cinématographique de la rentrée. Mamoru Hosoda qui a travaillé dans sa jeunesse sur des séries aussi célèbres que Dragon Ball Z et qui fut un temps susceptible d’être recruté par les Studios Ghibli, notamment pour travailler sur le château ambulant, vient de réaliser un des plus beaux dessins animés de la décennie, à ranger près des merveilleux Princesse Mononoké ou Le Voyage de Chihiro. Moins féerique que les deux derniers cités, il porte en lui un regard sur le monde de l’enfance assez singulier et prodigieusement émouvant.

L’histoire est écrite avec une finesse ahurissante. On rencontre Hanna sur les bancs de la Fac où elle étudie la philosophie, effectuant divers métiers le soir pour se payer ses études. Elle tombe amoureuse d’un jeune homme discret qui hante l’auditoire toujours habillé de la même façon et qui s’il prend beaucoup de notes ne possède aucun livre de cours. C’est un élève libre. Il gagne sa vie comme déménageur. Ils tombent amoureux, le jeune homme révèle son secret à Hanna, c’est un des derniers hommes loups. A la faveur de sa volonté, il se transforme en loup. Hanna tombe enceinte, accouche à domicile, tombe enceinte une seconde fois avant que son compagnon ne disparaisse brutalement, repêché dans le canal par des éboueurs et jeté dans le camion comme un vieux déchet sous les yeux de sa compagne. Elle quitte alors la ville pour élever ses deux enfants à la campagne.

Tout est splendide dans ce dessin animé, l’animation est d’une beauté sidérante, chaque image est d’une richesse infinie, les séquences dans la cité étudiante s’attachent à décrire des cadres extrêmement réalistes, les voitures, vélos, passants, les intérieurs sont d’une précision fabuleuse mais c’est surtout la seconde partie consacrée à la campagne qui est renversante. Le soin apporté aux fleurs tout particulièrement, il faut voir le vent agiter l’herbe ou encore le pollen tournoyer dans l’air, les oiseaux de proie traverser le ciel, les nuages se transformer doucement, les animaux qui peuplent la forêt, tout est d’une précision respectueuse. Le film est construit sur le principe du plan de coupe qui balise la narration classique d’autant de séquences que ne renierait pas Malick, comme si Hosoda avait subitement pris son crayon pour dessiner le vol d’un aigle ou la course d’un lapin à travers champs. Ca permet à l’histoire de prendre son temps et d’être encore plus chargée d’émotion puisque contextualisée avec soin et raffinement.

L’étrange beauté envoûtante de ces enfants loups vient surtout de la finesse de l’écriture et de l’analyse presque sociologique de la cellule familiale. Hanna est l’archétype même de la mère sacrifice, étudiante courageuse, amoureuse éternelle, mère jusqu’au bout des ongles, ralliant l’inventivité à l’énergie pour élever ses deux petits loups, ces deux gamins si différents, l’exubérante Yuki et le mélancolique et solitaire Ame. Autour de cette femme isolée, la communauté du village s’organise, le fruit des récoltes s’échange, une autre vie est possible faite de troc et de partage. Les enfants grandissent avec des volontés opposées, Yuki la boule d’énergie qui se transforme en loup à chaque fois qu’elle s’énerve (Hosoda a de l’humour, il la représente toujours dans le même cadrage dans un plongée fixe où on peut la voir faire le tour de la pièce soudainement louve), la toute petite enfance aussi où les gamins sont ingérables et qu’ils rognent les pieds des meubles et déchiquettent les livres. C’est une parfaite observation du monde de l’enfance et du monde animal aussi puisqu’ils sont à la frontière de ces deux univers. De retour à la nature d’ailleurs il est question comme la métaphore de la fin de l’enfance où ceux pour qui on s’est sacrifié partent  et quittent le nid. Ces adieux sont déchirants, on ne peut s’empêcher de pleurer devant la justesse de ce conte, devant son infini réalisme délicieusement teinté de féerie et de magie. Le cinéma d’animation japonais plane au-dessus des autres parce qu’il a une connaissance de la nature humaine en harmonie parfaite avec le monde qui nous entoure. Courrez voir les enfants loups, ils vous apprendront beaucoup sur vous, vous envelopperont d’une douce nostalgie et vous donneront envie de faire des enfants et de tout leur sacrifier.

Réalisateur : Mamoru Hosoda

Acteurs : Aoi Miyazaki, Takao Osawa, Amon Kabe

Durée : 1h57

Date de sortie FR : 29-08-2012
Date de sortie BE : 03-04-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Sandra
28 Février 2018 à 18h02

Ce film est tout simplement un pure chef d'oeuvre,je n'ai jamais ressenti autant d'émotion en regardant un film.J'ai pleuré,rie,c'est mon film préfère d'animation japonaise parmie tout ce que j'ai vus.

RenSarr
14 Septembre 2012 à 13h44

Moi, il m'a donné envie de remercier mes parents avant tout.

Mr Vladdy
04 Septembre 2012 à 20h06

Je suis pas très fan de ce genre d'anim en général (j'ai toujours l'impression de voir la même chose) mais celui ci m'ait apparu assez sympathique et plaisant à voir :-)
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Critique mise en ligne le 02 Septembre 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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