Critique de film
Les Fraises Sauvages

Comme on les cueille jusqu'au plus profond des forêts utérines, les fraises sauvages agissent en souvenirs. Pour certains, ce seront le goût du fruit, pour d'autre, l'odeur des madeleines, pour d'autre encore les 8 bits cinglants d'un Commodor 64. Mais les fragments de vie passée ne suffisent pas à exalter l'avenir ni même le présent.

De sombres souvenirs investissent le sommeil d'un vieux professeur, et le rêve glisse vers le cauchemar. Doucereusement la mort s'immisce dans l'esprit de l'homme qui, vieillissant, ne pense qu'à la fin. Il va mourir et tremblant à cette idée, il se perd à penser aux héritages plus qu'aux véritables prestiges de la vie. Puis, vient un long voyage vers la senteur, le goût des fraises, mais surtout vers le coin de broussaille où il faut les cueillir. Dans le jardin de sa jeunesse. Ce voyage, c'est celui qui mène à la fin et donc au début. Celui où l'on se rappelle du départ pour mieux préfigurer l'arrivée. C'est ce don que lui offre la mort arrivante, celui de s'ouvrir l'âme aux émotions de tous les mondes, de sortir des limbes d'une vie de labeur et de peu d'humanité, jusqu'à ce que soudainement, il puisse aimer ce(ux) qu'il avait oublié.

Bergman demande le talent qu'il faut pour voir ses films, pour en décoder le sien. Pour humidifier de nos battements de paupières la sécheresse de son langage mais surtout nous offre une certaine vision du monde et l'occasion d'y pénétrer par toutes les aspérités. En somme, il nous aide à vivre, à s'ouvrir à  une certaine approche de la vie qui parfois rappelle les nôtres.

Elle est belle cette pellicule de papier verre griffant les langues et les rétines. Il est beau ce vieillard au teint blafard et au souffle incertain. Dans cette œuvre aux milles entrées, l'humain est tristement magnifié dans son rapport à la mort et aux tourments.

Chez Bergman nous sommes merveilleux.

Durée : 1h32

Date de sortie FR : 05-03-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 05 Mars 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
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Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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