Critique de film
Les Gardiens de la Galaxie

« Si les Avengers sont les Beatles, alors les Gardiens de la Galaxie sont les Rolling Stones ! » C’est ainsi que James Gunn a présenté ces nouveaux super-héros atypiques sortant de l’incontournable écurie Marvel. Si ces personnages sont effectivement moins lisses, c’est qu’ils sont des outsiders hors-la-loi, des laissés pour compte parfois assez bizarres, ce qui ouvre la voie à un humour décalé. Il fallait une bonne dose de second degré pour rendre crédible un raton-laveur dans le rôle d’un mercenaire nerveux, affublé d’un arbre géant qui n’a qu’une seule réplique, répétée en boucle. Le pari était risqué.

Pour que le délire tienne la route jusqu’au bout, il fallait un casting à la hauteur. Et c’est justement le point fort de ce space opera décomplexé, pastiche sous acide de Star Wars. On y retrouve peu ou prou le même genre de personnages archétypaux de la célèbre saga lucasienne (et bientôt disneyienne), mais revus et corrigés avec un sens de la dérision qui ne perd jamais de vue le respect et l’attachement vis-à-vis de son modèle avoué. La direction artistique est d’ailleurs assez séduisante avec ses couleurs pop et laisse augurer d’un vrai potentiel créatif en cas de franchise.

En leader du groupe, Chris Pratt excelle avec une jubilation communicative dans le rôle de Star-Lord, aventurier baroudeur et grand mélomane attaché à son Walkman comme un objet fétiche (avec à l’appui une BO assez démentielle et très cool). Mais c’est surtout l’alchimie improbable du groupe qui produit des étincelles. Et c’est tout à l’honneur de James Gunn de ne pas avoir réduit Rocket Raccoon et Groot à de simples sidekicks comiques et d’avoir su les rendre touchants (géniale idée d’avoir pensé à Bradley Cooper pour le voix de Rocket, pas si éloigné de son rôle comico-dépressif de Silver Linings Playbook).  Et enfin, malgré leur passif tragique, Gamora, la fille adoptive du grand méchant Thanos, et Drax le Destructeur, marqué par un trauma familial (excellent Dave Bautista), s’intègrent parfaitement à la troupe des Gardiens, permettant de doser un équilibre assez fluide entre premier et second degré. Un petit bémol ?  La caractérisation des méchants, bien plus conventionnelle et sous-exploitée malgré un design assez réussi. 

Même si l’humour est très présent, souvent pour le meilleur, parfois même trop (mais le film fout une telle patate qu’on pardonne vite certaines blagues poussives), James Gunn n’oublie jamais de réaliser un vrai space-opera d’aventures qui obéit idéalement au cahier des charges du divertissement hollywoodien, avec ce supplément d’âme qui fait toute la différence. S’il ne possède pas vraiment de style personnel reconnaissable, c’est grâce à son plaisir de sale gosse ayant débuté chez l’écurie Troma que Les Gardiens de la Galaxie doit tout son charme irrésistible. Sans aucun doute un des blockbusters les plus funs de l’année. 

Durée : 2h01

Date de sortie FR : 13-08-2014
Date de sortie BE : 13-08-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 24 Juillet 2014

AUTEUR
Viguen Shirvanian
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Insatiable cinéphage qui aime les grands mélos lyriques, la Nouvelle Vague française, le pinku...
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