Critique de film
Les Marches du Pouvoir

Les marches du pouvoir (The Ides of March - titre anglais faisant référence à un oracle qui prévint César de se méfier de la date du 15 mars à laquelle il fut assassiné) a des accents d'actualité globalement fascinants. Imaginez une primaire démocrate devant désigner le candidat à la présidentielle. Imaginez une lutte acharnée pour obtenir les votes de l'Ohio et surtout d'enrôler les grands électeurs fidèles à un sénateur qui brigue lui les affaires étrangères. Mêlé à cela un scandale sexuel et vous avez la matière principale du polar politique de Clooney...

Clooney campe le gouverneur démocrate Morris. Gosling son chargé de communication, Stephen, jeune idéaliste convaincu de défendre le seul candidat irréprochable. La loyauté de Stephen va être mise à mal par le directeur de campagne de l'adversaire de Morris incarné par Paul Giamatti, ce dernier va lui proposer en pleine campagne de rallier son candidat. Tombé dans un traquenard aux retombées gigantesques, il va devoir se corrompre et modifier tout ce en quoi il croyait jusque là, à savoir l'intégrité. Cette dernière semblant tout à fait inconciliable avec sa fonction.

Dans une mise en scène sobre et classique dont il a fait sa marque de fabrique, Clooney tisse une histoire assez convenue de politiques salis par leurs penchants primaires. On retrouve l'essentiel d'une vision pessimiste du pouvoir et sa compromission inévitable pour accéder au sommet de l'état. Si le scénario n'étonne pas vraiment, de par sa mécanique huilée tendant au retournement des costards pour éviter la chute, il parvient grâce à l'intelligence des dialogues à maintenir l'attention du spectateur au prix d'une direction d'acteurs frôlant la perfection du genre. Tour à tour, Philip Seymour HoffmanPaul GiamattiRyan Gosling (à nouveau époustouflant de densité), Evan Rachel Wood et Marisa Tomeifinissent par désintégrer, par des jeux duaux, la fine espérance qu'on pouvait encore placer en nos politiques. Pourtant fervent supporter démocrate et fortement impliqué dans la vie politique, Clooney plaque sur la toile un implacable constat. Pour être acteur du jeu politique, il faut mettre à mal sa propre morale et faire des compromis pour le moins singulier.

A l'inverse du film de Pierre SchoellerL'Exercice de l'Etat, jamais le réalisateur américain ne réussit à investir la teneur même de l'engagement politique, il reste inexplicablement en surface du jeu privé qui anime le cabinet de campagne. Sans doute parce qu'il croit bon de mêler le poids d'un scandale politique au coeur même de sa réflexion sur les dessous d'une élection. Cet aspect de l'intrigue au lieu de servir sa démonstration, la détourne de sa fonction première, à savoir pointer du doigt la versatilité des actes et du discours sur l'engagement politique. C'est sur un détail d'ordre privé que tout se noue et se conclut.

Hérité sans doute de son expérience du noir et blanc de Good Night, and Good Luck, l'acteur-réalisateur montre une sensibilité formelle saisissante pour capter la solitude de ses personnages, souvent filmés en gros plan, la moitié de leurs visages projetés dans le noir ou encore ombres chinoises sur des fonds tapissées du rêve américain, les personnages desMarches du Pouvoir sont les marionnettes imprévisibles de la réussite à tout prix. A l'heure où le sort du monde se joue entre les mains de ces mêmes marionnettes, le film ne fait que conforter ce que personne n'ignorait, à savoir que se taper une stagiaire est la seule chose qu'on refuse à nos hommes politiques, par contre ils peuvent envahir des pays, endetter leur population et mépriser la loyauté dans notre presque totale indifférence...

Durée : 1h35

Date de sortie FR : 26-10-2011
Date de sortie BE : 26-10-2011
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 18 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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