Critique de film
Les Neiges du Kilimandjaro

J'ai découvert Robert Guédiguian avec Marius et Jeannette. C'était en 1997 à une séance screen preview à l'université. On va voir un film sans connaître son titre, son sujet et son réalisateur, à l'aveugle en somme. A l'époque et alors que ce film allait faire connaître Guédiguian au grand public, je me souviens avoir été relativement surpris à la vision du film, non pas tant par la thématique sociale et ancrée dans le militantisme à l'instar d'un Ken Loach ou des frères Dardenne, mais davantage par cette direction d'acteurs  presque théâtrale et relativement peu adaptée me semblait-il au grand écran. Ceci dit les personnages survivaient au temps et de Marius et Jeannette il restait une image plus que résistante, presque charmante.

Je ne connais pas assez son cinéma pour pouvoir dire qu'il fait partie de ces cinéastes qui refont toujours le même film en changeant le nom des personnages et un des éléments de l'intrigue. C'est vrai qu'il s'entoure souvent de la même troupe de comédiens ce qui participe à cette impression, Ariane Ascaride (son épouse) en tête, Darroussin, Meylan... qu'il situe inexorablement son histoire à Marseille et plus précisément dans le quartier de l'Estaque et qu'en filigranes derrière le vernis du scénario, il est toujours question de combat, d'engagement politique, de lutte du prolétariat.

Les Neiges du Kilimandjaro n'échappent donc pas à la règle. Darroussin y interprète Michel, un leader syndical dans la sidérurgie navale qui organise un tirage au sort pour désigner les 20 ouvriers qui doivent être licenciés pour assurer la pérennité de l'usine. Alors qu'il n'y était nullement contraint, il glisse son nom dans l'urne et passe à la trappe en compagnie de 19 autres collègues. Son épouse Marie-Claire (Ariane Ascaride) et ses enfants Gilles (Anaïs Demoustier) et Flo (Adrien Jolivet), son ami d'enfance et collègue Raoul (Gérard Meylan) le soutiennent dans cette épreuve bien conscients qu'il est un peu trop vieux pour retrouver du travail. L'entourage, inquiet de le voir s'effondrer d'ennui ou plonger dans une dépression éthylique, se cotise pour offrir au couple pré-retraité (Marie-Claire travaille encore comme garde malade) un voyage en Tanzanie afin de découvrir le Masaï Mara. Malheureusement, un ancien collègue de Michel licencié en même temps que lui braque ce dernier lors d'un repas de famille et dérobe l'argent du voyage. Par un concours de circonstance enfantin, Michel retrouve la trace du voleur joué par Grégoire Leprince-Rinquet. Après l'avoir dénoncé à la police, Michel est pris de remords, commence alors un long combat en faveur du pardon qu'il mènera sans s'en rendre compte de front avec son épouse.

Je ne suis pas particulièrement amateur du cinéma dit social, je ne saurais sans doute en expliquer les raisons, peut-être que ça se situe au niveau du réalisme des situations, à la nécessité de coller au plus près des faits et de leur répercussion tragique, de cette structure narrative qui a besoin d'une redondance des situations pour imposer son style. Je n'ai donc pas été touché par le sujet des Neiges du Kilimandjaro, son récit cousu de fil blanc et empreint d'un humanisme frôlant l'angélisme. Evidemment, on peut être insensible face à ce prolétariat qui toute sa vie s'est battu pour devenir propriétaire et amasser un minuscule pécule, par contre il devient beaucoup plus difficile de se dire que Guédiguian excuse le voleur en en faisant un martyr. Ce n'est même pas tant qu'il l'excuse puisqu'il finira en prison mais qu'il en fasse une victime qu'on ne peut totalement condamné. Le coupable est évidemment le patronat qui licencie à tour de bras. Le cinéma résistant de Guédiguian est nécessaire, mais auréolé de ce ton badin de conte, il en perd un peu de force. L'intérêt repose peut-être sur cet anachronisme entre le  sujet et son traitement, j'y reste majoritairement étranger.

Alors que ses personnages devraient à coup sûr être béatifiés avant le prochain pontificat (le couple va s'occuper des jeunes frères du voleur pendant qu'il purge sa peine), les acteurs des Neiges du Kilimandjaro me réconcilient avec ce cinéma pourtant peu aguicheur. En tête Darroussin comme toujours solide et instable, Ascaride et Marilyne Canto lumineuses, Demoustier parfaite dans son rôle de fille sanguine... On notera également la présence de l'excellent Pierre Niney (J'aime regarder les filles) et Julie-Marie Parmentier (No et moi). Un casting parfait si ce n'est le jeu un peu stéréotypé de Robinson Stévenin dans son rôle de commissaire complètement partisan.

C'est un film qui déborde d'humanité, c'est sa qualité, son principal défaut, on pourra toujours dire qu'il s'agit d'un conte, qu'il y a un optimisme de circonstance qui doit permettre aux hommes de dépasser la médiocrité dans laquelle le système les plonge et ce sera sans doute vrai. On pourra tout autant dire qu'il est furieusement naïf et prévisible. Ne m'en déplaise, le film est soutenu par une armada d'acteurs généreux, ils nous donneraient presque envie de croire à cette fable venue d'un autre monde.

Durée : 1H47

Date de sortie FR : 16-11-2011
Date de sortie BE : 30-11-2011
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 20 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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