Critique de film
Les Profs

 

Peu de choses à dire sur Les Profs. Quelques rires, quelques vannes bien senties, une photo moche, un premier degré assumé, des acteurs en roue libre, une narration maladroite, un happy end mal emballé. Si mes enfants m'ont forcé à voir le film, j'ai pu les embarquer à la séance de 11h, histoire d'éviter les queues et de profiter des 50% de réduction sur le prix des tickets. Tout cela ne fait pas une critique. J'ai donc demandé à trois de mes confrères de s'y coller. Merci les gars, à charge de revanche.

Baptiste Lehardot des Cahiers

Pierre-François Martin-Laval, après le désastreux King Guillaume investit le champ de l'Education Nationale. Le parti pris de la comédie est, à l'instar de Judd Apatow, un choix esthétique et narratif. Les gags burlesques s'enchaînent, contextualisant un état des lieux sévère des connaissances dispensées par les lycées républicains. La loufoquerie des scènes, le choix délibéré de permettre à ses acteurs de jouer ou non sont autant de stratégies nous confrontant à nos propres compétences face à l'outil cinéma. Trente ans après Les Sous-Doués, matrice géniale du film de baccalauréat, Les Profs enfonce le clou d'une éducation horizontale, rejetant le modèle paternaliste, passéiste et vertical. Le vol est signe de volonté. Le sport est signe de compétitivité. Le refus de ce modèle américain est souligné par les interprétations à contre-emploi de Christian Clavier et Isabelle Nanty. Le premier, ironie sarkozyste, interprète jusqu'à la caricature un professeur de mathématiques qui, jamais, ne fera partie de la France qui se lève tôt. La seconde, ironie thatcherienne, nous campe une professeure d'anglais, qui confond craies et missiles, comme un écho aux agressions anglo-américaines vécues de par le monde. On ressort des Profs avec la gueule de bois sans oublier que le cinéma peut tout dire et tout changer.

Louis Essenel de Libé

Pierre-François Martin-Laval renouvelle avec ses moyens, qui on l'imagine sont limités, le film de bac. Trente ans après les Sous-Doués, les cancres existent encore. Désillusion sarkozyste, la course aux diplômes n'a plus de sens. Il n'y a plus de boulot dans la France exsangue, américanisée et contaminée par le tout tout de suite et l'argent-roi. Mais ces cancres, issus de la République d'aujourd'hui, n'ont plus les couilles de se battre. Dans les Sous-Doués, les gamins construisaient, développaient et créaient les moyens de leur propre réussite. Aujourd'hui, nos rejetons n'osent plus, ne bandent plus à l'idée d'être autonomes. Aujourd'hui, la génération geek s'en remet à l'autorité, à ces profs plus ridicules les uns que les autres. Que cherchent-ils ? Rien. Refusant le moindre projet, ce troupeau docile accepte de consommer les boissons énergisantes distribuées par l'Education Nationale, fixant à jamais une existence digne d'Orwell. L'infect Christian Clavier jouit sous cape de son rôle de prof de maths qui a oublié jusqu'à l'existence-même d'une équation. On évitera ici de dénigrer le travail de Martin-Laval. Il n'est que le reflet de notre propre lassitude à ériger en idéal la liberté de vivre.

Marthe Laflot du Fig-Mag

Les Profs est le nouveau film de Pierre-François Martin-Laval. L'ancien Robin des Bois nous revient avec une comédie. Prof est, comme télé par rapport à télévision, l'abréviation de Professeur, fonction essentielle dans notre monde qui manque décidément de repères. L'école d'aujourd'hui a beaucoup changé. La figure d'autorité de l'enseignant, au sens étymologique du terme, a beaucoup souffert sous les coups de boutoir du consumérisme ambiant. Martin-Laval capte avec bonhomie le nouvel environnement éducatif. Dans une scène lourde de sens, le nouveau professeur d'Histoire confond une collègue avec une élève. C'est drôle et ça sonne juste. Les professeurs sont à l'image de leur public : d'origines ethniques différentes. On découvre ainsi un professeur de philosophie québécois et une professeure de français, visiblement africaine. Divertissement sans prétention, drôle sans excès, Les Profs se regarde sans déplaisir du début à la fin. La fin rassure nos esprits quant à la capacité de notre pays d'avancer vers un objectif commun. Pierre-François Martin-Laval se crée, sans crier gare, une place confortable à côté de Claude Zidi et d'Yves Robert dans le club très fermé des experts de la comédie tendre à la française, genre ô combien admiré de par le monde. 

 

Durée : 01h28

Date de sortie FR : 17-04-2013
Date de sortie BE : 17-04-2013
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Critique mise en ligne le 09 Mai 2013

AUTEUR
Daniel Rezzo
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