Critique de film
Les rencontres d'après minuit

Présenté cette année à la Semaine de la Critique, le premier long métrage de Yann Gonzalez est un objet filmique assez troublant. Les rencontres d’après minuit exhalent des influences cinématographiques variées tout en réussissant à se composer, devrais-je dire "bricoler", une personnalité propre à l’élégance folle. Yann Gonzalez a construit de ses mains cette étrange œuvre d'art contemporaine sur la solitude des corps et des spectres platinée de nappes électro 80's et de références aux séries B et Z, glissant de Bava aux films de zombies en passant par Albator ou Robbe Grillet... un véritable hydre cinéphile !

L’histoire est cocasse, un couple et leur gouvernante travestie (Kate Moran, Niels Schneider et l’épatant Nicolas Maury) organisent une partouze dans leur demeure industrielle, sans doute pour vaincre l’ennui et la peur de l'éternité. Sont conviés à cette célébration de la fesse et de la queue, quelques quidams qui traînent leur spleen dans la promesse éventuelle d’un contact. On y croise pêle-mêle l’étalon, l’adolescent, la star et la chienne (le sexe au repos d'Eric Cantonna, Alain Fabien Delon, Fabienne Babe et Julie Brémond). Tous vont échanger avant de forniquer, croiser le verbe et décroiser leurs entre-jambes pour faire plus ample connaissance.

Les séances d’après minuit sont théâtrales et pas juste parce qu’il y a unité de lieu. On s’y dévoile surtout avec la voix après s’être caressé les lèvres, parce que la langue est d’abord goûtée avant d’être déliée. A l’instar de Claire Denis ou de Gaspar Noé, nous entrons de plein pied dans un cinéma sensitif. Le Juke-box qui délivre la partition électro de M83 est d’ailleurs sensoriel, c’est en posant la main sur son socle qu’on déclenche une musique qui correspond à nos humeurs. La BO est mortelle !

On se délecte de ces scènes oniriques et sadiques où Béatrice Dalle fouette un Cantona menotté tout comme on apprécie la justesse de Nicolas Maury foudroyant de grâce en gouvernante généreuse et assoiffée de stupre. Cependant le film bande mou sans parvenir à jouir, la giclée de la femme fontaine a tout d’un postillon. Le film reste prisonnier de son propre fantasme. Qu’il est éreintant ce jargon philosophico-mélancolique qui accompagne l’apparition de la dite queue souhaitée par la bouche de tous les acteurs coincés dans ce lupanar mystique. La mise en scène minimaliste, les raffinés décors de cinéma bis, les atmosphères sensuelles se seraient bien passées de cette prose poétique onaniste.

A vouloir convoquer le sexe comme la mort sous des bavardages abscons, la scénographie aussi impressionnante que personnelle et l’importance du travail sur le son passeraient presque inaperçus. Vigueur et poésie Yann, vigueur et poésie !

Durée : 1h32

Date de sortie FR : 13-11-2013
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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EEE
12 Septembre 2015 à 13h51

C'est vous qui ne comprenez rien à la poésie, ni à sa force de déréliction qui est justement dans ce flottement d'éther et de matière nocturne qui ne se résout qu'en solitudes dans l'aube glacée et grisante du retour à la réalité sociale. La force des mots n'est pas dans leur intelligibilité "basique" ou dans leur accumulation "accessible au public", mais au contraire dans la puissance évocatoire qu'ils mobilisent, dans la tension qu'ils instaurent entre signifiant et signifié, donc ici dans l'extrême contraste entre la brutalité du rapport charnel qui n'a pourtant jamais lieu et le raffinement de la sublimation symbolique par le langage qui, elle, fait advenir cette explosion du sensible. Relisez, ou plutôt lisez Schopenhauer, Croce, Kant, Adonis ; ou encore mieux essayez de parvenir au moins une fois à la profondeur de cette contemplation esthétique à laquelle vos analyses très plates montrent sans peine que vous demeurez étranger. Bref, mettez-vous vraiment et de façon intelligente ? qui ne veut pas forcément dire érudite ? à l'appréciation des oeuvres d'art. Jusque-là, "ce dont on ne peut parler, il faut le taire." (Wittgenstein)
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Critique mise en ligne le 08 Novembre 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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