Critique de film
Les Sorcières de Zugarramurdi

Alex de la Iglesia fait un cinéma de porc. Ce n’est en rien péjoratif, c’est juste un constat face à sa filmographie qui dès ses premiers balbutiements (le délirant Action Mutante) a toujours revendiqué sa paternité punk, son mauvais-goût évident, son gore craspec et son humour graveleux. Et plus il est porc, plus son cinéma est jouissif et réjouissant. Ses meilleurs films sont les plus sales et les plus grotesquement drôles comme Action Mutante, Le Jour de la Bête et ce qui est probablement son chef d’œuvre : Balada Triste. Dès qu’il a voulu se tourner vers quelque chose de plus contrôlé et élégant ça n’a pas fonctionné comme sa tentative américaine Crime à Oxford ou son précédent film, Un Jour de Chance, une critique un peu lourdingue de la société des médias.

On est donc assez satisfait de le voir revenir à ses premières amours avec ce film où un groupe de braqueurs poursuivis par la police tombe, dans un village perdu des Pyrénées, sur une famille de sorcières maléfiques. Dès le début on sait que l’on est dans le versant d’Alex de la Iglesia qu’on aime, celui de la surenchère, de l’humour gras et du délire cartoonesque. Tout commence par un braquage où participe quatre malfaiteurs pieds-nickelés dont le leader est grimé en statue vivante de Jésus. A ses côté un faux soldat/jouet, un Bob l’éponge et un homme sans tête. En décidant de mettre ses personnages dans le rôle des vulgaires attractions des places populaires que l’on ne voit pas, il est clairement dans la même démarche qui était la sienne à ses débuts. Secouer le public, le faire réagir à la manière du passant qui fait ses courses et qui soudain voit la statue vivante de Jésus qu’il ignore quotidiennement dégainer un fusil à pompe et canarder à tout va. Le film commence donc sur les chapeaux de roue. Le braquage et la fuite nous mettent dans les meilleures dispositions pour la suite. Un groupe de mecs se retrouve sur la route (dont le personnage principal  qui a emmené son fils avec lui) pour tenter d’échapper à la police. Et c’est là que ça se gâte malheureusement.

Dix minutes après le début, le film se transforme en un road-movie statique et raté où Alex de la Iglesia étale ses bien piètres talent de dialoguiste. L’humour de ce long acte médian repose essentiellement sur une misogynie de comptoir où les hommes reprochent tous les maux du monde à leurs différentes femmes. Il faudra attendre le dernier acte lorsque les sorcières (menée par la diabolique Carmen Maura) les prennent en otage pour qu’on retrouve enfin le Alex de la Iglesia qui nous est cher. Il nous offre alors une séquence finale absolument folle où les sorcières déploient soudainement un rituel fantastique vulgaire, grotesque et sale mais extrêmement drôle. Renversant toutes les conventions le film devient un cartoon pour adulte aux idées tordues.

Dommage donc que le film soit autant affaibli par ces problèmes de rythme, parce que toute sa partie divertissement fantastique est réjouissante et hilarante. On peut également regretter la sensation un peu désagréable d’une misogynie beauf qui traverse le film où son message est assez clair, les femmes sont des sorcières et veulent dévorer les hommes.  Même si ces derniers ne sont pas nécessairement présentés sous un jour très flatteur on aurait aimé un peu plus de nuances. Mais on est prêt à pardonner à Alex qui ne cesse depuis 20 ans de nous amuser, de nous réjouir et de représenter un cinéma finalement très singulier et personnel dans ses excès les plus grotesques. En outre il nous offre la prestation et surtout la plastique de sa nouvelle actrice fétiche, Carolina Bang (héroïne déjà de Balada Triste), petite bombe punkette et irrésistible dont on boirait sans trop poser de questions ses potions de sorcière.

Durée : 1h51

Date de sortie FR : 08-01-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Benoit Mink
12 Janvier 2014 à 10h28

Bizarre et osais-je dire un peu ''faux cul" de reprocher à Alex de la Iglesia une prétendue misogynie (là où les hommes sont rangés à la même enseigne tout le long du film), alors que vous terminez votre critique en vous délectant vous même de la très belle plastique de l'actrice Caroline Bang.
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Critique mise en ligne le 22 Novembre 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
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